La cité frontalière de bunagana peine toujours à reprendre sa vie normale en dépit de la présence du contingent ougandais de la Communauté de l’Afrique de l’Est. Écoles, marchés sont toujours fermés. Il y a deux semaines, les forces ougandaises faisaient leur entrée en pompe dans cette cité frontalière. Depuis mars 2021, les terroristes du M23 avaient pris le contrôle de cette partie du pays, occasionnant ainsi le déplacement de la population. Une population qui, malgré les assurances des forces de l’EAC, hésite encore à regagner leur cité.
Ces retraits du M23 sont notamment signalés de la localité de Kitshanga et ses alentours, Mpati, Kirumbu, Kalengera et la cité de Mweso dans le territoire de Masisi Depuis leur retrait, le M23 ne donne aucune position. D’après le communiqué final de Luanda, après le retrait des zones occupées, cette force négative devait rejoindre le Mont Sabinyo entre la République démocratique du Congo, l’Ouganda et le Rwanda. Ils devraient être cantonnés en attendant la suite du processus, sous surveillance d’une unité de la force angolaise dont la venue est bel et bien actée par le parlement d’Angola. Des faits difficiles à vérifier sur terrain, la question est posée où sont les rebelles du M23 après leurs retraits de toutes ces entités ?

Jusqu’ici, personne ne sait la direction que prennent les supplétifs de l’armée rwandaise après ces mouvements de retrait. On sait néanmoins que la société civile de Nyiragongo a récemment évoqué le renforcement de certaines des positions par les rebelles du M23, avec la venue des troupes supplémentaires de RDF à leur rescousse. Le communiqué de Luanda donnait la mission à un mécanisme de vérification pour faire la restitution de ce qu’il aura vu sur terrain. Deux semaines après le retrait supposé du M23, aucun rapport n’a été fait par ce mécanisme.
Comme indiqué dans les conclusions de Luanda, le gouvernement congolais envisage déjà le cantonnement de ces rebelles. Un site a été choisi non loin de la ville de Kindu, chef lieu de la province du Maniema. Déjà, plusieurs voix s’élèvent contre le choix du site. C’est le cas des clergés du Maniema qui, dans un communiqué, expriment leur crainte sur ce projet de cantonnement des rebelles qu’ils qualifient de brusque, flou et improvisé.

Du côté du M23, pas question de cantonnement sans négociation directe avec Kinshasa. Le gouvernement quant à lui maintient sa position, pas question de négociation. Quel sort donc réservé à ce groupe soutenu par l’armée rwandaise? Faut-il faire confiance aux forces de l’EAC auprès de qui le M23 confie les zones conquises après leur supposé retrait ? retrait, il faut le dire, qualifié d’irréductible par la cheffe de la Monusco et de timide par le représentant de l’union européenne. Des inquiétudes partagées également par Kinshasa.
Lors de la 94ème réunion du Conseil des Ministres, le Vice-Premier premier Ministre, Ministre de la défense avait annoncé une réunion des Ministres de la défense des pays membres de l’EAC. Selon Jean Pierre Bemba, cette rencontre devait lever les équivoques sur le mandat et la durée de la force de l’EAC en République démocratique du Congo. Prévue à Goma, la réunion des Ministres de la Défense de l’EAC n’a pas eu lieu. Kigali a déclaré craindre pour la sécurité de ses délégués. Pourtant, cette assise est nécessaire pour évaluation et clarification du mandat de la Force régionale. Un ajournement qui impacte négativement le processus du retrait du M23 des territoires qu’il occupe. Ce contretemps consacre surtout le statu quo. À qui profite-t-il ?

Devant ce qui se présente comme un blocage, tout indique qu’il faut la mise en application de la feuille de route de Luanda. Dans les prochains jours, la RDC va accueillir le quatrième round des pourparlers de Nairobie. Les villes de Goma, Béni, Bukavu et uvira vont accueillir cette rencontre. Les reunions préparatives s’attèlent à réfléchir sur la forme du travail, la manière d’aborder les groupes armés sur base des engagements du round 3 de ces pourparlers. S’agissant des engagements pris lors des pourparlers de Nairobie, round 3. Plusieurs requêtes ont été formulées dont la plupart sont restées lettre morte. Il s’agit notamment de la libération des leurs prisonniers, la mise en place effective du programme de désarmement, démobilisation et réinsertion, Pddrcs. Les groupes armés et la société civile qui avaient apposé leur signature dans le communiqué final avaient soulevé des inquiétudes sur l’équipe de coordination de cette structure. Une réunion était prévue en janvier 2023 pour évaluer la mise en application des recommandations.

Curieusement, depuis cette rencontre, plusieurs groupes armés ont repris les armes. Le Pddrcs a recensé près de 250 groupes armés locaux comme étrangers qui écument l’Est de la RDC.
Cependant, l’on s’interroge sur ce que sera la suite de ces affrontements où les parties en conflit ne s’accordent pas sur les moyens de la cessation des hostilités. Le dialogue préconisé par le M23, considéré comme une stratégie de velléité extensionniste, vise de nouveau à infiltrer l’armée congolaise avec l’objectif de l’affaiblir pour les intérêts du Rwanda. Le M23 et le gouvernement Congolais qui ne parlent pas le même langage, risquent de laisser la solution se retrouver par la voie des armes, craignent les habitants qui depuis près d’une année vivent dans des camps des déplacés dans le territoire de Nyiragongo.
Le Thot


