Dans un pays souvent cité parmi les plus corrompus du monde, un symbole d’honnêteté et de foi chrétienne s’apprête à être élevé sur les autels. Floribert Bwana Chui Bin Kositi, fidèle laïc congolais et martyr de l’intégrité morale, sera béatifié ce dimanche 15 juin 2025, lors d’une messe solennelle célébrée à la basilique Saint-Paul-hors-les-Murs à Rome, en la fête de la Sainte Trinité.

L’annonce de cette béatification, saluée par toute l’Église congolaise, a été faite par Mgr Willy Ngumbi, évêque de Goma, dans une note officielle diffusée le 20 avril dernier. Il y annonçait la joie de voir l’un des siens, un jeune homme resté fidèle à l’Évangile jusqu’au sacrifice suprême, être officiellement reconnu par l’Église universelle. Le Dicastère pour les Causes des Saints a confirmé la date et le lieu de la célébration.
Le 25 novembre 2024, le Pape François avait reconnu le martyre de Floribert Bwana Chui, permettant ainsi la promulgation du décret de béatification. À 26 ans, en juillet 2007, ce jeune homme est assassiné à Goma, en raison de sa foi et de sa droiture professionnelle. Son engagement chrétien et son refus de céder à la corruption ont fait de lui un modèle de conscience morale et d’intégrité dans un contexte miné par les pratiques frauduleuses.
Né le 13 juin 1981 à Goma, Floribert grandit dans une famille aisée. Il fait des études de droit et d’économie avant de commencer sa carrière professionnelle à Kinshasa, à l’Office Congolais de Contrôle (OCC), en tant que commissaire aux réclamations. Il est ensuite nommé chef de bureau de l’OCC à Goma, en charge du contrôle de la conformité des marchandises aux frontières. Membre actif de la Communauté de Sant’Egidio, il s’est engagé dans le service des plus pauvres, notamment auprès des enfants de la rue.
C’est dans l’exercice de ses fonctions qu’il fut confronté à un dilemme tragique : autoriser ou refuser l’entrée de denrées alimentaires en provenance du Rwanda, dont les autorisations sanitaires étaient falsifiées. Refusant de trahir ses convictions et de mettre en danger la santé publique, Floribert Bwana Chui a résisté à toutes les pressions. Il aurait pu céder, il a choisi de rester fidèle à la vérité. Ce choix lui coûta la vie.
Selon les témoignages, il aurait déclaré qu’il préférait mourir plutôt que de laisser entrer des aliments potentiellement dangereux pour des milliers de Congolais.

Alors que la RDC figure régulièrement parmi les pays les plus corrompus au monde, comme l’a rappelé Transparency International, l’exemple de Floribert Bwana Chui fait figure d’exception lumineuse. Sa béatification est un message fort envoyé à toute la société congolaise : celui de l’espérance, du courage et de la fidélité à la vérité.
En cette année 2025, son témoignage résonne comme un appel à une renaissance morale, un rappel que, même dans l’adversité, la justice, la foi et l’amour du prochain peuvent triompher de la peur et de la mort.
Elrick Elesse


