Soixante-quatre ans après l’assassinat de Patrice Emery Lumumba, un procès historique pourrait enfin voir le jour. Ce mardi 17 juin 2025, le parquet fédéral belge a requis le renvoi de l’ancien diplomate Étienne Davignon devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. L’annonce, relayée par RFI, relance un pan douloureux de l’histoire commune entre la Belgique et la République démocratique du Congo.

Les circonstances exactes de l’assassinat du tout premier Premier ministre congolais, survenu en janvier 1961 dans la région sécessionniste du Katanga, restent entourées de nombreuses zones d’ombre. Mais en 2011, une plainte déposée par François Lumumba, fils aîné du dirigeant assassiné, a ouvert la voie à une enquête judiciaire en Belgique. La famille accuse plusieurs institutions de l’État belge d’avoir participé à « un vaste complot en vue de l’élimination politique et physique » de Lumumba.
Aujourd’hui âgé de 92 ans, Étienne Davignon est le dernier survivant parmi la dizaine de personnalités visées par l’enquête pour « crime de guerre ». À l’époque des faits, il était stagiaire au ministère belge des Affaires étrangères. Selon l’avocat de la famille Lumumba, Me Christophe Marchand, Davignon aurait eu connaissance du projet d’élimination de Lumumba et y aurait même activement contribué. Des sources indiquent qu’il se trouvait au cœur des décisions ayant conduit à l’arrestation du leader congolais.
Contactée par la RTBF, Juliana Lumumba, fille du héros de l’indépendance congolaise, salue cette avancée judiciaire, estimant que « les choses vont dans la bonne direction ». L’objectif de la famille reste le même : établir la vérité, aussi tardive soit-elle.

Écarté du pouvoir par un coup d’État en septembre 1960, Lumumba fut arrêté, transféré au Katanga, puis exécuté. Son corps fut atrocement dissous dans l’acide, dans une tentative manifeste d’effacer les traces du crime.
En juin 2022, une relique – une dent – a été officiellement restituée à la RDC par la Belgique. Elle a été exposée à travers le pays, notamment à Kisangani, au Haut-Katanga et au Sankuru, sa province natale, avant d’être inhumée au Mémorial Patrice Emery Lumumba à Kinshasa, dans la commune de Limete.
Le procès d’Étienne Davignon s’annonce comme un moment de vérité, susceptible de lever le voile sur l’un des épisodes les plus sombres de l’histoire postcoloniale congolaise et belge. Il pourrait également marquer un tournant dans la quête de justice mémorielle attendue depuis plus de six décennies.
Emille Kayomba


