La Banque africaine de développement (BAD) a dévoilé ce jeudi 10 juillet à Kinshasa, à l’hôtel Hilton, son Rapport pays 2025 pour la République démocratique du Congo, sous le thème : « Tirer le meilleur parti du capital de la RDC pour favoriser son développement ». Une publication attendue, qui dresse un état des lieux contrasté de la santé économique du pays pour l’année 2024.
Selon le rapport, l’économie congolaise affiche une croissance estimée à 6,5 % en 2024. Une performance honorable, saluée par le vice-ministre des Finances, O’Neige N’Sele, qui y voit un signe de résilience malgré un contexte difficile, marqué par la guerre persistante à l’Est du pays, notamment avec l’agression rwandaise.
Le document note que le dynamisme du secteur extractif, notamment le cuivre, le cobalt et le lithium, a soutenu cette croissance, aux côtés d’un essor du secteur des télécommunications et d’un regain d’intérêts pour l’investissement direct étranger. « La RDC continue à bénéficier d’un cadre macroéconomique relativement stable, grâce à une gestion budgétaire prudente et à une baisse de l’inflation, passée de 23 % à 17 % en un an », a souligné Vurce Lossombot Mafuta, spécialiste en gestion financière à la BAD.
Mais derrière ces chiffres positifs, les inégalités criantes et la pauvreté structurelle persistent. La BAD alerte sur la contradiction entre l’immense potentiel naturel de la RDC et la pauvreté généralisée qui touche encore la majorité de la population.
Le rapport met l’accent sur la faible transformation des ressources naturelles et appelle à mieux orienter les investissements publics. Les secteurs prioritaires désignés sont : Les infrastructures de base, dont le déficit reste un frein au développement, l’agriculture, comme levier de croissance inclusive, la chaîne de dépenses publiques, à rationaliser, La digitalisation des services de l’État, encore balbutiante et la gestion de la dette publique, à rendre plus rigoureuse et transparente.
Parmi les recommandations phares, la BAD invite les autorités congolaises à : Lutter efficacement contre la fuite des capitaux, Renforcer la sécurité juridique des investissements, Améliorer la gouvernance financière, Et surtout, investir massivement dans le capital humain. Un point noir persiste : le niveau du capital humain congolais reste l’un des plus bas d’Afrique, avec un indice inférieur à 0,3 %, alors que la moyenne continentale est bien plus élevée. Pour la BAD, cela hypothèque la capacité du pays à tirer profit de ses ressources sur le long terme.
Le rapport 2025 insiste sur la nécessité de passer d’une économie extractive à une économie transformante et inclusive, afin d’éviter que la croissance ne profite qu’à une minorité. La transformation structurelle évoquée lors des dernières Assemblées annuelles de la BAD à Abidjan, en mai 2025, reste donc un objectif plus qu’un acquis.
Si la RDC confirme sa place parmi les économies africaines à fort potentiel, elle reste prisonnière de fragilités structurelles et d’une dépendance à l’exploitation brute des ressources. Le rapport pays 2025 de la BAD apparaît ainsi comme un miroir lucide, qui reflète à la fois les avancées tangibles et les défis urgents à relever pour que la croissance économique rime enfin avec amélioration du du bien-être des Congolais. Un appel clair est lancé à Kinshasa : transformer la richesse naturelle en prospérité humaine.
Constatin Ntambwe


