Autrefois perçue comme un havre de paix, l’avenue Lubumbashi, nichée dans le quartier Binza Pigeon, commune de Ngaliema, est aujourd’hui méconnaissable. Jadis réputée pour son calme et sa douceur de vivre, elle s’est peu à peu transformée en un haut lieu d’agitation, de commerce informel et d’ambiance bruyante, de jour comme de nuit.

Dès les premières heures du jour, l’avenue s’anime. Marchands ambulants, restaurateurs de fortune, vendeurs de brochettes, de poulet mayo, de boissons sucrées ou alcoolisées, s’installent à même le trottoir. Des stands improvisés – souvent sans autorisation formelle – fleurissent à chaque coin, attirant une clientèle variée : journalistes des médias locaux tout proches, fonctionnaires en pause-déjeuner, riverains curieux ou désœuvrés, et parfois, visiteurs venus d’autres quartiers.
« On trouve de tout ici », affirme un habitué. « On mange, on rigole, on boit, on se défoule. » Pour certains, c’est un espace de convivialité. Pour d’autres, un exutoire.

Mais à la tombée de la nuit, l’atmosphère change. L’avenue Lubumbashi se métamorphose en un théâtre de scènes parfois choquantes : femmes légèrement vêtues, musique assourdissante, danses provocantes, consommation d’alcool et de chanvre, flirts appuyés et parfois même des offres sexuelles à peine voilées. Une ambiance que certains décrivent comme libérée, d’autres comme malsaine.
« Ce n’est plus le quartier chic que nous avons connu », déplore un résident de longue date. « Binza Pigeon est en train de perdre son âme. Entre les nuisances sonores et les dérives nocturnes, il devient difficile d’y mener une vie paisible. »
L’avenue Lubumbashi est ainsi devenue un lieu à la fois festif et déroutant. Si la bonne humeur, les mets populaires et l’ambiance attirent chaque jour une foule fidèle, les bagarres entre clients, les altercations entre vendeurs, les vols à la tire et les débordements verbaux ternissent l’image du quartier. Certaines journées laissent un goût amer : nourriture de qualité douteuse, agressions verbales, tensions entre bandes rivales, ou encore interventions policières sporadiques.
Lieu de plaisir pour certains, zone de perdition pour d’autres, l’avenue Lubumbashi divise. Elle illustre à elle seule les contradictions d’une capitale tentaculaire : entre dynamisme urbain et abandon de l’autorité, entre sociabilité populaire et désordre ambiant.
Au final, chacun y trouve ce qu’il veut bien y voir : une échappatoire, un danger, une opportunité, ou un symbole d’un déclin urbain mal maîtrisé.
Djodjo Mafuku


