La publication, le lundi 14 juillet 2025, d’une circulaire signée par le Secrétaire général ad intérim à l’Éducation, Alexis Yoka, autorisant les élèves enceintes à poursuivre leur scolarité dans tous les établissements de la République démocratique du Congo, continue de susciter une vague de réactions contrastées dans les milieux éducatif, politique et religieux.
Pour les défenseurs des droits humains et de l’éducation inclusive, cette décision marque un tournant majeur. Fabrice Puela, ancien ministre des Droits humains et député national, applaudit cette initiative : « Exclure une jeune fille enceinte de l’école, c’est la condamner doublement. Elle a droit à l’éducation comme tout autre enfant. Cette circulaire, si bien encadrée, va dans le sens de la justice sociale et de l’égalité des chances. »
De son côté, Seth Kikuni, acteur politique engagé sur les questions de jeunesse, salue une réforme courageuse : « Nous devons évoluer avec notre époque. L’éducation doit réparer, pas punir. Mais j’insiste : il faut accompagner cette mesure de politiques d’encadrement, de soutien psychologique et de programmes de sensibilisation à la sexualité responsable. »
À l’opposé, la Commission Épiscopale pour l’Éducation Chrétienne (CEEC), bras éducatif de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO), a clairement exprimé son désaccord. Dans une correspondance officielle, elle a affirmé que cette directive ne s’applique pas aux écoles conventionnées catholiques, invoquant l’Accord Spécifique sur l’Éducation qui insiste sur la préservation d’une discipline morale stricte dans ces établissements.
Dans les écoles catholiques, cette position est largement partagée. Cyprien Sokapima Motoma, professeur d’histoire aux établissements Notre-Dame du Congo et Bosembo Mixte, évoque un risque de choc moral pour les autres élèves : « Ces filles enceintes qu’on va garder dans nos écoles, quel regard vont avoir leurs condisciples ? L’école ne doit pas seulement transmettre le savoir, elle doit aussi forger la conscience. Cette mesure peut semer la confusion, surtout dans des milieux éducatifs attachés à la moralité chrétienne. »
Le débat soulève en réalité des questions plus profondes : jusqu’où moderniser l’école sans heurter les fondements culturels et religieux de la société congolaise ? Certains redoutent que cette mesure, sans encadrement clair, ne soit perçue comme une forme de banalisation de la sexualité précoce. D’autres rappellent que l’école doit rester un refuge pour tous les enfants, y compris ceux confrontés à des situations précoces de maternité.
Face à ces réactions, plusieurs experts plaident pour un dispositif national d’accompagnement : création de centres éducatifs adaptés, mise en place de cellules d’écoute dans les écoles, implication des familles, et formation des enseignants à la gestion de ces situations.
Jehovani Mulumba


