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RDC : Le colonel Daniel Mukalay recouvre la liberté après 14 ans de détention dans l’affaire Chebeya-Bazana

10 mois ago
in Justice
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RDC : Le colonel Daniel Mukalay recouvre la liberté après 14 ans de détention dans l’affaire Chebeya-Bazana
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Après quatorze années passées derrière les barreaux, le colonel Daniel Mukalay, ancien haut responsable de la tristement célèbre Direction des Renseignements Généraux et Services Spéciaux (DRGS) de la police nationale congolaise, a été libéré ce mois de juillet, un an avant la fin de sa peine. Il avait été condamné en 2011 à 15 ans de prison pour sa participation dans le double meurtre de Floribert Chebeya et Fidèle Bazana, deux figures emblématiques des droits humains en République Démocratique du Congo.

L’affaire Chebeya-Bazana est l’une des plus sombres de l’histoire récente de la RDC et a profondément marqué la mémoire collective congolaise et internationale. Le 1er juin 2010, Floribert Chebeya, président de l’ONG La Voix des Sans Voix (VSV), avait été retrouvé mort dans sa voiture à Kinshasa, dans des circonstances suspectes, après avoir été convoqué dans les bureaux de la police. Son chauffeur et collaborateur, Fidèle Bazana, a quant à lui disparu ce même jour — son corps n’a jamais été retrouvé.

L’enquête et le procès qui ont suivi avaient révélé un implication directe de plusieurs hauts gradés de la police, notamment le général John Numbi, alors inspecteur général de la PNC, et le colonel Daniel Mukalay, qui dirigeait le service des renseignements. Ce dernier avait été reconnu coupable d’avoir participé à la planification et à l’exécution de l’assassinat de Chebeya et à la dissimulation des faits. Sa condamnation en 2011 avait été perçue comme un signal fort, bien que partiel, dans la lutte contre l’impunité.

Selon des sources pénitentiaires, la libération de Mukalay intervient conformément à la loi, prenant en compte les remises de peine pour bonne conduite, ainsi que le temps de détention préventive effectué avant son procès. Néanmoins, aucune mesure de grâce présidentielle ou de révision judiciaire n’a été officiellement évoquée.

Cette libération soulève toutefois des inquiétudes parmi les organisations de la société civile et les familles des victimes. Beaucoup y voient une atteinte à la justice mémorielle, d’autant que l’ensemble des responsabilités dans cette affaire n’ont jamais été clairement établies au plus haut niveau de l’État et de la chaîne de commandement sécuritaire.

L’affaire Chebeya reste partiellement non résolue, notamment en ce qui concerne l’implication présumée du général John Numbi, considéré par de nombreux observateurs comme le principal donneur d’ordre. Après avoir été démis de ses fonctions en 2020, Numbi est entré dans la clandestinité et fait depuis l’objet d’un mandat d’arrêt international émis en 2022 par les autorités judiciaires congolaises. À ce jour, il demeure intraçable, bien que plusieurs ONG réclament avec insistance sa comparution devant un tribunal.

La libération du colonel Mukalay, bien qu’encadrée légalement, intervient dans un contexte sensible pour les droits de l’homme en RDC. Plusieurs dossiers récents — notamment ceux liés à la répression de manifestations, aux violences en Ituri ou au Nord-Kivu — rappellent les difficultés persistantes du système judiciaire à sanctionner les abus commis par des agents de l’État.

Pour Me Jean-Claude Katende, figure des droits humains, « la justice n’est complète que si tous les responsables, à tous les niveaux, répondent de leurs actes. La sortie de Mukalay sans vérité complète sur l’affaire Chebeya est une demi-justice. »

Face aux critiques, des voix s’élèvent pour réouvrir ou approfondir l’enquête sur le double meurtre, surtout à la lumière de nouvelles preuves apportées ces dernières années par des organisations comme Human Rights Watch ou Trial International. En 2021, l’ONU avait recommandé une enquête indépendante complémentaire, recommandation toujours restée sans suite.

La libération de Daniel Mukalay, acteur central de l’un des dossiers les plus choquants de l’histoire des droits humains en RDC, relance le débat sur l’impunité, la vérité judiciaire et la responsabilité politique. Pour les familles de Chebeya et Bazana, la lutte continue pour obtenir justice pleine et entière, au-delà des peines purgées et des décisions judiciaires formelles.

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