Aaron Wan-Bissaka est bel et bien là. En chair, en os. Le tarmac brûlant de Juba International Airport a vibré ce mercredi 3 septembre 2025 sous ses pas. À ses côtés, Cedric Bakambu, éternel capitaine à l’âme de guide, Yoan Wissa, dribbleur électrique, et deux figures de la FECOFA : Jean-Marie Kalonji et Honoré Loango, respectivement secrétaire général et vice-président du CONOR. Une arrivée qui résonne comme un retour aux sources, un pèlerinage au pays des ancêtres.

L’image est forte, presque solennelle. L’instant a le parfum d’un chapitre qu’on croyait maudit. Sept ans d’attente, sept années de rumeurs, de promesses envolées, de volte-face qui ont fait naître plus de scepticisme que d’espoir. Depuis 2015, quand il avait brièvement enfilé le maillot des U20 congolais, tout un peuple rêvait de revoir l’enfant de Croydon répondre à l’appel du Léopard. Mais entre les sirènes anglaises et les silences glacés du clan Bissaka, l’histoire semblait condamnée.
Aujourd’hui, la boucle est bouclée. Aaron Wan-Bissaka est Congolais. Définitivement. À 27 ans, auréolé d’une saison 2024-2025 exceptionnelle sous les couleurs de West Ham, il vient apporter au projet Sébastien Desabre son énergie féline et son sens du timing défensif. Il aura fallu un climat apaisé, une vision claire, et quelques mois de négociations feutrées pour faire tomber les dernières barrières.

Car il s’en est fallu de peu. En juin dernier, son nom figurait déjà sur la liste pour les amicaux d’Orléans… avant un mystérieux retrait de dernière minute, officiellement pour « raisons familiales ». Les réseaux sociaux s’étaient embrasés, la clameur congolaise grondait. Mais dans l’ombre, la mécanique administrative tournait. Le sélectionneur, serein malgré la tempête, confirmait que le changement de nationalité sportive était acté à Zurich. Et en août, l’image a scellé le sort : Wan-Bissaka, visage grave, tenant fièrement son passeport congolais à l’ambassade de Bruxelles.
Le latéral tricolore est attendu dès ce vendredi 5 septembre pour ouvrir une nouvelle ère face aux Bright Stars du Soudan du Sud, à Juba. Quatre jours plus tard, les Lions de la Teranga viendront défier les Léopards au Stade des Martyrs. Deux rendez-vous lourds d’histoire, deux marches pour graver son nom dans la légende, deux matches pour rattraper le temps perdu.

Wan-Bissaka, l’enfant longtemps éloigné, revient chez lui. Et tout un pays retient son souffle.
Junior Kulele


