Kinshasa s’est parée, ce samedi, des couleurs de l’art et de l’extraordinaire. L’Académie des Beaux-Arts (ABA), temple de la créativité congolaise, a célébré la collation des grades académiques de ses étudiants, dans une cérémonie qui relevait autant du rite académique que de la performance artistique. L’art en toge, la beauté en hommage. C’est une collation des grades qui est devenue performance à l’Académie des Beaux-Arts.

Ce n’était pas qu’une cérémonie. C’était une galerie vivante. À Kinshasa, l’Académie des Beaux-Arts a transformé la traditionnelle collation des grades académiques en une toile d’expression à ciel ouvert, où chaque diplômé ne reçoit pas seulement un titre, mais signe son œuvre. Dans ce temple de la création, l’intellect épouse l’esthétique, et chaque geste, chaque regard, chaque tenue est devenue un langage plastique. Les artistes ne quittent pas juste les bancs, ils entrent en scène, prêts à peindre le monde avec l’audace de leurs rêves.
Dès l’entrée, les spectateurs ont eu l’impression de franchir le seuil d’un musée vivant. Des sculptures monumentales bordaient l’allée, une procession faisait danser des ombres surréalistes sur les allées jusqu’à tisser une ambiance à la fois envoûtante et solennelle sur le grand boulevard. Les diplômés, drapés dans des toges stylisées aux motifs inspirés de l’art contemporain, avançaient comme des silhouettes sorties d’une fresque.

La cérémonie a oscillé entre frisson et fascination. Un étudiant, transportant un cercueil, s’est figé au centre de la scène, tel une statue vivante, pendant que des marcheurs masqués faisaient onduler des tissus verts comme des flammes. Dans le silence attentif du public, la procession académique prenait des airs de récitation poétique, rappelant que le savoir est lui aussi une œuvre d’art.
Ici, chaque diplôme est une sculpture invisible, façonnée par des années de passion et de rigueur. C’est l’art congolais dans toute sa puissance

Fondée en 1943, l’Académie des Beaux-Arts de Kinshasa demeure un sanctuaire de la créativité africaine. Cette collation des grades fut bien plus qu’une remise de diplômes : elle a célébré l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes, prêts à réinventer le regard du monde sur le Congo. Peintures, installations multimédias, sculptures et créations textiles ornaient les espaces, offrant une immersion totale dans l’univers des diplômés.
Quand les jeunes artistes ont levé leurs toges sous une pluie de confettis argentés, le public a compris : cette fin d’études n’était qu’un commencement. Les diplômés ne quittent pas une école, ils franchissent le seuil d’un théâtre mondial où chaque toile, chaque sculpture, chaque performance est un acte de mémoire et de résistance culturelle. À l’Académie des Beaux-Arts, obtenir son grade, c’est sculpter son destin.
Junior Kulele


