Le débat sur l’avenir politique de la République démocratique du Congo prend une tournure de plus en plus tranchée. Après la sortie remarquée de Delly Sesanga, président du parti Envol, qui a mis en garde contre toute tentative de prolongement du mandat présidentiel au-delà de 2028, Steve Mbikayi a répliqué par une tribune au ton sévère. Selon le président du Parti travailliste, les élections prévues en 2028 n’auront pas lieu.
Pour Steve Mbikayi, la situation sécuritaire actuelle ne permet pas d’envisager sereinement un processus électoral dans les délais constitutionnels. « Dans un pays en guerre, partiellement occupé par une armée étrangère, organiser des élections reviendrait à consacrer la balkanisation », écrit-il. À l’appui de son argument, il cite des cas internationaux : l’Ukraine, où le président Zelensky est resté au pouvoir malgré l’expiration de son mandat en mai 2024 en raison de la guerre, ou encore la Syrie de Bachar Al-Assad, où les échéances électorales ont été repoussées à cause du conflit.
Dans sa tribune, Mbikayi ne se limite pas à la question des délais électoraux. Il attaque également l’opposition congolaise, qu’il qualifie de « bourgeoise, virtuelle et exilée ».
Selon lui, depuis l’alternance politique de 2018, l’opposition n’est plus que l’ombre d’elle-même : absence de prisonniers politiques, leaders installés à l’étranger, mobilisation limitée sur le terrain. Il compare cette attitude au courage des « 13 parlementaires » qui avaient défié Mobutu dans les années 1980, malgré la dictature, la répression et la prison.
Faisant allusion au meeting de Delly Sesanga du 27 septembre à Kinshasa, Mbikayi estime que l’opposant n’a pas apporté de propositions solides. « Réunir quelques centaines de personnes pour rappeler qu’il reste 1 180 jours au Chef de l’État ne suffit pas à incarner une opposition crédible », tranche-t-il. Pour lui, les échéances de 2028 ne sont qu’une illusion. Les prochaines élections pourraient se tenir en 2030, voire plus tard, « si les conditions de souveraineté et d’intégrité territoriale sont rétablies ».
La tribune de Mbikayi ouvre également un débat juridique et politique inédit : le mandat présidentiel court-il normalement quand une partie du territoire est occupée par une force étrangère ? Ou doit-il être considéré comme suspendu jusqu’au rétablissement de l’autorité de l’État sur tout le pays ?
« À chacun sa réponse », conclut-il, laissant planer une zone grise autour de la durée réelle du mandat présidentiel en RDC.
Enfin, Mbikayi regrette l’absence de débats de fond entre leaders politiques. Il appelle à renouer avec de véritables échanges contradictoires à la télévision, loin des « communicateurs et griots politiques » qui monopolisent aujourd’hui l’espace médiatique. Pour lui, seule une confrontation directe entre leaders de même envergure permettrait d’éclairer la nation sur des questions aussi cruciales que la tenue ou non des élections en 2028.
Elrick Elesse


