Le gouvernement congolais a enclenché une procédure judiciaire visant la dissolution de plusieurs partis politiques d’opposition, accusés d’avoir participé à un mouvement qualifié d’« insurrectionnel ». La démarche, rendue publique jeudi à Kinshasa, marque une escalade judiciaire dans la crise politique qui suit le conclave de Nairobi, organisé autour de l’ancien président Joseph Kabila, condamné à mort par contumace.
Selon les autorités, une requête officielle a été transmise aux juridictions compétentes afin de demander la radiation de plusieurs formations politiques, dont le PPRD (Parti du Peuple pour la Reconstruction et la Démocratie) de Joseph Kabila, le LGD (Leadership et Gouvernance pour le Développement) de Matata Ponyo, et l’UDAO de Claudel André Lubaya.
Le gouvernement estime que la participation de ces partis au conclave de Nairobi constitue une atteinte à la sûreté de l’État, invoquant des « indices concordants d’activités subversives ». Parallèlement, toutes les formations signataires de la déclaration de Nairobi ont été suspendues à titre conservatoire, parmi lesquelles la Piste pour l’Émergence de Seth Kikuni, l’AAP de Théophile Mbemba, l’ATD de José Makila, le MPCR de Jean-Claude Vuemba, le MLP de Franck Diongo, ainsi que la COFEDEC, la PNEC, l’UPC et l’ADCP.
Cette saisine de la justice intervient dans un contexte politique tendu, marqué par la condamnation définitive de Matata Ponyo, ancien Premier ministre, et son remplacement à l’Assemblée nationale par son premier suppléant, Ibrahim Assani Émile. Pour le gouvernement, il s’agit de faire respecter la loi sur les partis politiques et de protéger la stabilité du pays face à ce qu’il qualifie de « menaces à l’ordre républicain ».
Mais pour l’opposition, cette initiative judiciaire est perçue comme une tentative de museler toute voix critique à l’approche des prochaines échéances électorales. Le PPRD a vivement réagi en dénonçant un « acharnement » et un « harcèlement politique ». « Le pouvoir instrumentalise la justice pour écarter ses adversaires », a fustigé Emmanuel Ramazani Shadari, secrétaire permanent du parti, qui promet de « défendre le PPRD devant les juridictions compétentes ». Même ton du côté de Delly Sessanga, président du parti Envol, qui parle de « mesures arbitraires et contraires à la Constitution ».
« La simple participation à une réunion politique ne peut justifier une dissolution », a-t-il écrit, appelant les institutions garantes de la Constitution à « exiger la levée de ces mesures ». En toile de fond, cette affaire ravive les tensions autour du conclave de Nairobi, tenu du 14 au 15 octobre sous la présidence de Joseph Kabila. Ce forum avait accouché du mouvement “Sauvons la RDC”, présenté par ses initiateurs comme un cadre de réflexion pour « restaurer la démocratie » et « mettre fin à la dérive autoritaire ».
Mais du côté de Kinshasa, le message est clair : aucune tolérance pour ce que le gouvernement qualifie d’« initiative de déstabilisation ». Alors que le Front Commun pour le Congo (FCC) prépare une nouvelle réunion à Kinshasa, la bataille s’annonce désormais autant politique que judiciaire.
La rédaction de b-onetv.cd


