Se réveiller à Kinshasa, c’est pas juste ouvrir les yeux. C’est vivre un film, version comédie musicale, tournée sans script, sans répétition… mais avec bande-son garantie. Dès 7 heures du matin, le générique démarre. Les cireurs de chaussures sont déjà en action, frappant le bois de leurs boîtes comme des percussionnistes du matin : tak tak tak tak ! Le bruit se mélange aux cris des vendeuses ambulantes, à la radio du voisin, au moteur d’un taxi-bus qui tousse plus qu’il ne démarre.
8h30. Le marché s’éveille. Une chorale improvisée entonne : “Matembele ! Épinards ! Ndunda, ngai-ngai e leki !” Et comme par magie, chaque voix occupe sa fréquence sonore : alto, ténor, soprano… le tout sans chef d’orchestre. Kinshasa, c’est un studio à ciel ouvert, où même le vent transporte des publicités vivantes.10 heures. Le décor change. Les vendeurs de climatiseurs d’occasion envahissent la scène : “Mabende ! Climatiseur ekufa, tozo somba ! Bambisa lipapa na 500 !” Les slogans s’enchaînent plus vite qu’un jingle télé. On ne sait plus si on est dans un marché, un concert ou un talk-show.
11 heures. Place à la finance ! Les cambistes improvisés lancent leurs taux de change à la criée : “Mbongo ebeba ! Dollar ekatana ! Euro mbongo ya ba Chinois, nayo chanzé !” Et tout ça au milieu d’un trafic qui ressemble à un sketch : Des motos qui slaloment entre les piétons, des klaxons qui crient à l’unisson, et un motard qui, sans prévenir, insulte la maman d’un inconnu. À Kinshasa, même les insultes ont du rythme. Pendant ce temps, les Kinois gardent le sourire. Parce que dans cette cacophonie générale, chacun a son rôle à jouer : le vendeur, le client, le chauffeur, le flic, le philosophe de comptoir. Tout le monde fait partie du casting principal d’un film sans fin : “Kin la Belle, épisode du jour : on survit, mais avec style.”
Kinshasa, c’est la seule ville au monde où le matin commence déjà comme une comédie et où la débrouille est un art de vivre.
Ici, le chaos a du charme, la galère a de l’humour, et le bruit… c’est la bande originale de la vie. Bienvenue dans la plus grande salle de cinéma à ciel ouvert d’Afrique : Kinshasa.
Junior Kulele


