Le discours sur l’état de la Nation du Président Félix Tshisekedi, prononcé ce 8 décembre, continue de susciter des réactions politiques contrastées. Parmi les dernières, celle du penseur congolais Imhotep (Hubert) Kabasu Babu Katulondi, fondateur d’AGIR New Congo, qui salue la portée stratégique du message présidentiel mais lui reproche un manque d’ouverture politique interne.
Selon lui, le Chef de l’État a livré « un discours de direction » révélant l’orientation politique post-accord de Washington. Une intervention qui, estime-t-il, divise entre partisans applaudissant les avancées et adversaires dénonçant une déconnexion avec la réalité sociale et sécuritaire, notamment dans la région d’Uvira. Kabasu Babu note également un paradoxe : le Président reconnaît publiquement la dégradation profonde de Kinshasa, alors même que son pouvoir n’a pas encore initié une véritable réforme urbanistique : « Kinshasa reste le siège des ténèbres », a souligné Tshisekedi.
Une lecture stratégique du discours
Kabasu Babu analyse ce message comme une séquence politique entrant dans une dynamique post-Washington : selon lui, le Chef de l’État cherche avant tout à démontrer la responsabilité du Rwanda et de l’AFC/M23 dans la poursuite des violences, alors que les affrontements se sont intensifiés. Il compare même cette communication présidentielle à une « continuation de la guerre par d’autres moyens », reprenant l’analyse foucaldienne de la politique.
L’appel manquant : un véritable dialogue interne
Pour l’essayiste, la faiblesse majeure du discours réside dans l’absence d’un appel clair à un dialogue national : « L’urgence est une interaction politique interne, pluraliste, intelligente et principielle ». Kabasu plaide pour une discussion nationale incluant majorité, opposition et société civile, afin d’assurer la cohésion et stabiliser le pays dans une période diplomatique et sécuritaire particulièrement fragile.
Malgré les tensions, il reste optimiste et croit à une évolution du Président vers plus d’ouverture : « Il est permis d’espérer le pas ultime vers des interactions pluralistes pour consolider la République ».
Elrick Elesse


