L’adoption à l’unanimité par le Conseil de sécurité des Nations unies de la résolution 2808, prorogeant jusqu’au 20 décembre 2026 le mandat de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo, intervient dans un contexte aussi symbolique que paradoxal.
À New York, les diplomates s’accordaient sur la nécessité de maintenir la présence onusienne. Sur le terrain congolais, en revanche, les armes continuaient de tonner, notamment dans l’Est du pays, où l’AFC-M23 poursuivait ses offensives. Cette simultanéité illustre à elle seule toute la complexité et les limites de l’action internationale en RDC. Par la résolution 2808, le Conseil de sécurité reconduit non seulement le mandat de la MONUSCO, mais maintient également, à titre exceptionnel, celui de la brigade d’intervention.
Les plafonds d’effectifs restent inchangés : jusqu’à 11 500 militaires, 600 observateurs militaires et officiers d’état-major, 443 policiers et 1 270 membres des unités de police constituées. Un dispositif conséquent sur le papier, censé répondre à des défis sécuritaires toujours plus aigus. Les priorités stratégiques demeurent claires : protection des civils dans les zones de déploiement, contribution à la mise en œuvre des objectifs définis par la résolution 2773, appui à la stabilisation du pays et au renforcement des institutions étatiques.
À cela s’ajoute l’autorisation donnée à la MONUSCO de soutenir l’instauration d’un cessez-le-feu permanent, conformément aux injonctions du Conseil de sécurité. Mais cette prorogation, loin d’apaiser les débats, relance une interrogation centrale : la MONUSCO dispose-t-elle réellement des moyens politiques, militaires et opérationnels pour traduire ces ambitions en résultats tangibles ?
La résolution 2773, qui sert de socle à l’action actuelle de la MONUSCO, confiait à la mission cinq tâches majeures : la protection des civils, le soutien à la stabilisation, l’accompagnement du retrait du M23, l’imposition du cessez-le-feu et la garantie de la liberté de mouvement. En théorie, la mission devait agir comme un levier direct pour appliquer les décisions du Conseil de sécurité et restaurer l’autorité de l’État congolais dans les zones les plus affectées par l’insécurité.
Or, au moment même où la résolution 2808 était négociée, la situation sur le terrain se dégradait. L’AFC-M23 poursuivait son avancée au Sud-Kivu après la prise d’Uvira, démontrant une capacité opérationnelle intacte, voire renforcée. Cette dynamique militaire met en lumière un décalage préoccupant entre les textes adoptés à l’ONU et la réalité vécue par les populations civiles, premières victimes de ces affrontements.
La protection des civils demeure la pierre angulaire du mandat de la MONUSCO. Pourtant, c’est aussi sur ce terrain que les critiques sont les plus vives. Déplacements massifs de populations, violences ciblées, exactions contre les communautés locales : malgré la présence onusienne, les civils continuent de payer un lourd tribut aux conflits armés.
La difficulté tient autant à la multiplicité des groupes armés qu’à la nature même du mandat. La MONUSCO n’est pas une force de guerre classique. Son action reste encadrée par des règles d’engagement strictes, une dépendance aux décisions politiques du Conseil de sécurité et une coordination parfois délicate avec les Forces armées de la RDC. Dans ce contexte, la brigade d’intervention, pourtant conçue comme un outil plus robuste, peine à produire des effets dissuasifs durables.
Présente en RDC depuis 1999, d’abord sous l’appellation MONUC avant de devenir MONUSCO, la mission onusienne traîne un lourd héritage. Plus de vingt-cinq ans après son déploiement initial, elle fait face à un scepticisme croissant, tant au sein de la population congolaise que parmi certains acteurs politiques.
La critique la plus récurrente demeure son incapacité à neutraliser durablement les groupes armés. Aucun mouvement rebelle majeur n’a été définitivement éliminé sous son mandat, malgré des ressources financières et humaines considérables. Cette perception d’inefficacité alimente la défiance, voire l’hostilité, observée par endroits à l’égard des casques bleus.
La prorogation du mandat pose donc une question essentielle : la MONUSCO aura-t-elle les moyens de sa politique ? Au-delà des effectifs, c’est la cohérence de l’approche internationale qui est en jeu. Sans pression diplomatique accrue, sans mécanismes contraignants pour faire respecter le cessez-le-feu et sans volonté claire de traiter les causes régionales du conflit, l’action de la mission risque de rester cantonnée à la gestion de crises successives.
La résolution 2808 confirme que la communauté internationale n’est pas prête à se désengager totalement de la RDC. La MONUSCO demeure, malgré ses limites, un acteur central de la gestion sécuritaire et humanitaire. Mais cette prorogation, loin d’être une simple formalité, met en lumière un paradoxe persistant : une mission indispensable, mais constamment remise en question.
À l’approche de 2026, la MONUSCO joue une partie décisive de sa crédibilité. Soit elle parvient à transformer son mandat en actions visibles, renforçant la protection des civils et l’autorité de l’État congolais, soit elle continuera d’incarner, aux yeux de nombreux Congolais, le symbole d’une paix toujours promise, mais jamais pleinement réalisée.
Junior Kulele


