Réuni en session ministérielle par visioconférence, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine s’est penché, lundi 29 décembre 2025, sur la dégradation persistante de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est de la République démocratique du Congo. Une réunion stratégique, la 1321ᵉ du genre, dominée par un appel pressant à la relance des mécanismes diplomatiques existants, mais marquée par un silence notable sur la responsabilité directe du Rwanda dans le conflit.
Au terme des échanges, le CPS a insisté sur la nécessité d’accélérer la mise en œuvre des accords de Washington et du cadre de Doha, considérés comme les principaux leviers politiques pour une désescalade durable.
Dans son communiqué final, l’organe de l’UA souligne l’urgence de respecter les engagements pris par les parties signataires et appelle à intensifier la mobilisation des ressources afin de répondre à la crise humanitaire qui frappe durement les populations du Nord et du Sud-Kivu.
Le Conseil a également mis en avant la situation du Burundi, pays voisin accueillant un nombre important de réfugiés congolais, saluant au passage les engagements politiques récents entre Bujumbura et Kigali.
Un positionnement diplomatique prudent
Fait notable : contrairement à certaines prises de position internationales, le CPS de l’Union africaine n’a ni reconnu ni cité explicitement le Rwanda comme pays agresseur, malgré les multiples accusations faisant état de son soutien à la rébellion de l’AFC/M23. Un choix diplomatique qui illustre la prudence voire l’ambiguïté de l’organisation continentale face à un dossier hautement sensible.
Le Conseil s’est toutefois montré ferme sur un point : il a rejeté toute tentative d’établissement d’administrations parallèles sur le territoire congolais, réaffirmant la nécessité absolue d’une solution politique pour parvenir à une désescalade durable dans l’Est de la RDC. Cette réunion intervient alors que les combats se poursuivent sur plusieurs fronts au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, opposant les Forces armées congolaises à la rébellion de l’AFC/M23. La situation s’est aggravée ces dernières semaines avec la prise de la ville d’Uvira, au Sud-Kivu, par les rebelles — un épisode qui a suscité de vives réactions sur la scène internationale.
Bien que l’AFC/M23 ait annoncé, sous pression diplomatique, son retrait de la ville afin de « donner une chance aux processus de paix », les doutes persistent. Les États-Unis, par la voix de leur représentante au Conseil de sécurité de l’ONU, ont exigé un retrait effectif, vérifiable et à au moins 75 kilomètres d’Uvira. Si les accords de Washington ont connu une accélération formelle avec leur entérinement par les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, sous les auspices de l’administration Trump, leur traduction concrète sur le terrain reste fragile.
Plus préoccupant encore, les discussions de Doha entre Kinshasa et l’AFC/M23 peinent à produire des avancées tangibles. Destinées à traiter les causes profondes du conflit restauration de l’autorité de l’État, désarmement et réintégration des groupes armés, ces négociations demeurent, à ce stade, largement au point mort. En appelant à une mise en œuvre accélérée des accords sans désigner clairement les responsabilités, l’Union africaine tente de maintenir un équilibre délicat entre médiation et neutralité.
Mais sur le terrain, la reprise des affrontements rappelle une réalité implacable : sans volonté politique réelle et sans mécanismes de suivi contraignants, les accords risquent de rester lettre morte. Pour l’Est de la RDC, l’urgence n’est plus aux déclarations, mais aux actes. Et le temps, lui, continue de jouer contre la paix.
La rédaction de b-ontv cd


