La suspension du général-major Sylvain Ekenge de ses fonctions de porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) continue d’alimenter le débat public. L’affaire s’est invitée au cœur de la première réunion du Conseil des ministres de l’année 2026, tenue vendredi 2 janvier à la Cité de l’Union africaine, à Kinshasa, sous la présidence de Félix Tshisekedi.
Face aux membres du gouvernement, le chef de l’État a tenu un discours ferme sur la portée et la responsabilité de la parole officielle, rappelant qu’elle engage l’État dans ce qu’il a de plus essentiel : sa crédibilité, son autorité morale et sa capacité à préserver la cohésion nationale. Selon le compte rendu lu par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, le président de la République a exprimé sa vive préoccupation après avoir suivi la récente intervention médiatique du porte-parole des FARDC sur la Radio-Télévision nationale congolaise (RTNC).
Le chef de l’État a déploré des propos qualifiés de méprisants et stigmatisants à l’endroit des femmes de la communauté tutsie, soulignant qu’ils ne reflètent ni les valeurs républicaines, ni l’éthique de responsabilité, encore moins la hauteur attendue d’une communication émanant d’une institution aussi stratégique que l’armée. Pour Félix Tshisekedi, de tels écarts de langage fragilisent la cohésion sociale, attisent des tensions inutiles et portent atteinte à l’image ainsi qu’à la crédibilité de l’État, tant au niveau national qu’international.
Le président de la République a approuvé les mesures disciplinaires prises à l’encontre du général-major Sylvain Ekenge, tout en rappelant que la parole de l’État ne saurait être improvisée, émotionnelle ou approximative, surtout lorsqu’elle touche à des questions sensibles aux implications sécuritaires, sociales, politiques ou diplomatiques. Il a insisté sur le fait que toute communication officielle doit être guidée par la retenue, la responsabilité et un objectif clair de rassemblement national.
Tirant les leçons de cet incident, Félix Tshisekedi a rappelé ses instructions au ministre de la Communication et des Médias pour la mise en place d’un mécanisme formel de concertation préalable avant toute prise de parole officielle sur des sujets sensibles. Ce dispositif associera notamment le conseiller spécial en communication, les services de la Présidence, de la Primature, de l’état-major général des FARDC et de la Police nationale congolaise, afin de prévenir tout dérapage lors des interventions médiatiques engageant l’État.
Pour mémoire, le général-major Sylvain Ekenge avait tenu des propos dénonçant ce qu’il qualifiait de « stratagème » des femmes tutsies, les accusant de rechercher une prétendue suprématie démographique par la natalité. Il avait également évoqué des risques sécuritaires et mis en garde contre les mariages avec des femmes d’origine tutsie. Ces déclarations, jugées xénophobes et discriminatoires, ont conduit à sa suspension immédiate. L’état-major général des FARDC a précisé qu’elles ne reflètent en rien la position officielle du pays, du Commandant suprême ni du gouvernement.
Dans un communiqué distinct, le chef d’état-major général, le lieutenant-général Jules Banza, a condamné ces propos et réaffirmé l’engagement de l’armée à protéger tous les Congolais sans discrimination. Par ailleurs, la RTNC a annoncé la suspension préventive d’Oscar Mbal, directeur intérimaire des informations télévisées, pour avoir laissé diffuser ces propos.
L’affaire intervient dans un climat sécuritaire déjà tendu entre Kinshasa et Kigali, ainsi qu’entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’AFC/M23. Les déclarations controversées ont été largement exploitées par certains responsables rwandais et des cadres rebelles, alors même que les parties s’accusent mutuellement de violations des engagements pris dans le cadre des processus diplomatiques de Washington et de Doha.
JK


