Kinshasa s’endort ce mardi 3 février 2026 avec une tristesse lourde, presque irréelle. Une de ces nouvelles qui traversent la ville comme un souffle glacé, laissant derrière elles un silence immense. Emmanuel-Egide Manuana Ndosi, connu du grand public sous le nom d’Elbas, a tiré sa révérence. L’artiste s’en est allé dans la capitale congolaise, emportant avec lui une part précieuse de l’âme du cinéma et du théâtre rd-congolais.
Elbas n’était pas seulement un acteur. Il était une présence. Une signature. Un miroir de la société congolaise, capable de faire rire, réfléchir, pleurer, souvent dans la même scène. Pendant des années, il a incarné des personnages populaires, profonds, proches du peuple. Son jeu, à la fois naturel et habité, faisait de lui une figure incontournable du paysage culturel national. Son visage était familier : sur scène, à l’écran, mais aussi dans plusieurs campagnes publicitaires où son talent donnait vie aux récits du quotidien.
Elbas a marqué le septième art congolais par une carrière riche et prolifique. Il restera notamment gravé dans les mémoires pour sa participation au film “Viva Riva !”, œuvre majeure qui a porté le cinéma congolais au-delà des frontières et rappelé au monde la puissance narrative de Kinshasa. À travers ses rôles, il a contribué à bâtir une identité cinématographique nationale, à une époque où le secteur se battait pour exister, pour se structurer, pour rayonner.
Au-delà des projecteurs, Emmanuel-Egide Manuana était aussi un homme de savoir. Professeur et cadre à l’Institut National des Arts (INA), il a consacré une partie essentielle de sa vie à former, encadrer et inspirer les nouvelles générations. Dans les couloirs de l’INA, il n’était pas seulement un enseignant : il était une référence, un mentor, un père artistique pour de nombreux jeunes comédiens et créateurs. Son héritage se poursuivra à travers ceux qu’il a formés.
La mort d’Elbas laisse un vide immense dans le cœur des artistes, des étudiants, des amoureux du théâtre, et de tous ceux qui ont grandi avec ses performances. Aujourd’hui, la culture congolaise perd une voix, un regard, une énergie rare. Mais son œuvre, elle, ne s’éteint pas. Elle demeure dans les archives, dans les souvenirs, dans les scènes rejouées, dans les films revus, dans la mémoire collective.
En ce jour de deuil, la RDC s’incline devant un homme qui a servi l’art avec passion, discipline et grandeur. Le rideau tombe, mais la légende reste debout.
Junior Kulele


