Le Centre culturel et artistique d’Afrique centrale, à Kinshasa, a servi de cadre, ce lundi 2 mars, au lancement officiel du Forum national des Affaires coutumières (FONAC). Les assises, ouvertes par le Président de la République, Félix Tshisekedi, se dérouleront jusqu’au 5 mars autour d’un thème central : « Le renforcement de l’autorité coutumière, gage de la stabilité, du développement, de la sécurité et de la cohésion des communautés en RDC ».

Dans son allocution inaugurale, le Chef de l’État a fixé le cap : faire émerger des orientations claires pour la gouvernance des affaires coutumières, moderniser les outils de gestion des entités traditionnelles et dégager une feuille de route commune capable d’ériger l’autorité coutumière en pilier assumé de la paix et du développement local.
Dans un ton ferme, il a rappelé la centralité des chefferies et lignages dans l’architecture sociale congolaise : « Aucune puissance, aucun groupe armé, aucune administration parallèle ne pourrait effacer nos lignages, nos chefferies, nos droits communautaires », a-t-il martelé, avant d’insister sur la dimension stratégique des terres ancestrales : « Les terres de nos ancêtres ne sont pas des terrains de manœuvres géopolitiques, mais le fondement même de notre souveraineté et de notre identité. »

Pour le vice-Premier ministre en charge de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, l’ambition du forum est claire : transformer les entités coutumières en véritables pôles de développement à la base. L’objectif est de dépasser le rôle symbolique souvent attribué aux autorités traditionnelles pour leur conférer un ancrage opérationnel dans la gouvernance locale et la stabilisation des territoires.
Le vice-ministre des Affaires coutumières, Jean-Baptiste Ndenze, a quant à lui mis en avant la dimension écologique et stratégique des chefferies, notamment dans le cadre du projet « Couloir vert Kivu-Kinshasa ». Selon lui, ce vaste corridor écologique, moteur de la transition environnementale du pays, traverse des terres ancestrales et ne saurait réussir sans l’adhésion active et la capacitation des autorités coutumières concernées.

Cinq axes pour une réforme structurelle
Les travaux du FONAC s’articulent autour de cinq grandes thématiques structurantes : La décentralisation, le développement local et la gouvernance coutumière et sécuritaire ;
Le statut des chefs coutumiers ;
L’intégration des peuples autochtones pygmées ; L’harmonisation des stratégies sectorielles transversales liées à la gouvernance coutumière ; Le rôle et l’apport des femmes et des jeunes dans l’alternance coutumière.
Ces axes traduisent une volonté de réforme globale, intégrant à la fois la modernisation institutionnelle, l’inclusion sociale et la consolidation de la cohésion nationale.
Un tournant pour la gouvernance nationale ?
À travers ce forum, le gouvernement congolais entend redéfinir la place des autorités coutumières dans l’architecture institutionnelle du pays. À l’heure où plusieurs provinces demeurent confrontées à des tensions sécuritaires et foncières, la reconnaissance et la structuration du pouvoir traditionnel apparaissent comme un levier stratégique de stabilisation.
Le FONAC pourrait ainsi marquer un tournant : celui d’une articulation assumée entre tradition et modernité, où l’autorité coutumière ne serait plus seulement gardienne des valeurs ancestrales, mais partenaire institutionnel du développement et de la paix en République démocratique du Congo.
La rédaction de b-onetv.cd


