Le débat sur l’avenir de la Constitution en République démocratique du Congo vient de franchir un nouveau palier politique. Le secrétaire général de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS), Augustin Kabuya, a confirmé ce samedi que la majorité présidentielle envisage clairement de retoucher la Constitution.
Lors d’une déclaration publique, le cadre du parti présidentiel s’est montré catégorique :
« Nous allons toucher à cette Constitution », a-t-il affirmé, appelant par ailleurs la population à garder son calme face aux débats que cette annonce ne manquera pas de susciter. Pour défendre cette position, Augustin Kabuya a invoqué l’histoire politique du pays, estimant que la modification de la loi fondamentale n’est ni inédite ni anormale dans la trajectoire institutionnelle congolaise.
« Mobutu l’a révisée 17 fois. Mzee Laurent-Désiré Kabila l’a modifiée trois fois et Joseph Kabila l’a également modifiée. Au nom de quel principe le régime de l’UDPS serait-il interdit de toucher à la Constitution ? », a-t-il lancé. Il faisait référence aux différents régimes qui ont marqué l’histoire politique du pays, notamment celui de Mobutu Sese Seko, de Laurent-Désiré Kabila et de Joseph Kabila, au cours desquels plusieurs révisions constitutionnelles ou ajustements institutionnels ont été opérés.
Pour le secrétaire général de l’UDPS, présenter la Constitution comme un texte intangible relèverait d’une posture politique. « Il est méchant de dire qu’on ne peut pas toucher à la Constitution », a-t-il martelé. Ces déclarations interviennent dans un contexte où la question constitutionnelle commence à s’imposer progressivement dans l’agenda politique national. Depuis plusieurs mois, certaines voix au sein de la majorité évoquent la nécessité d’adapter certains dispositifs institutionnels jugés inadaptés aux réalités actuelles du pays.
Toutefois, l’idée d’une révision constitutionnelle reste extrêmement sensible en RDC, où toute initiative touchant à la loi fondamentale est immédiatement scrutée à travers le prisme de l’équilibre des pouvoirs et des précédents politiques. Dans l’opinion publique comme dans les milieux politiques, certains analystes estiment que toute réforme constitutionnelle devrait d’abord faire l’objet d’un large consensus national afin d’éviter de raviver les tensions politiques.
Pour les partisans de la révision, la Constitution de 2006 adoptée dans un contexte post-conflit mérite d’être réévaluée après près de deux décennies d’application. Ils évoquent notamment la nécessité de clarifier certaines dispositions liées à la gouvernance, à la décentralisation ou au fonctionnement des institutions. À l’inverse, les sceptiques redoutent que le débat constitutionnel ne devienne un terrain de confrontation politique susceptible de polariser davantage la scène nationale.
Dans ce contexte, la sortie médiatique d’Augustin Kabuya apparaît comme un signal politique fort : au sein du camp présidentiel, l’idée d’une retouche de la Constitution semble désormais assumée et pourrait s’inviter au cœur des discussions politiques dans les mois à venir.
JK


