Le débat sur une éventuelle révision de la Constitution en République démocratique du Congo continue de susciter des remous au sein de la classe politique. Dernier épisode en date : la prise de distance du groupe Alliance des Forces Démocratiques du Congo et Alliés (AFDC-A) au Sénat vis-à-vis des propos tenus par Modeste Bahati Lukwebo sur une possible réforme constitutionnelle.

Dans une déclaration rendue publique le 9 mars à Kinshasa, les sénateurs de cette formation ont affirmé que cette position n’avait jamais été discutée ni validée par les instances du groupe parlementaire. Selon ce document, les propos du deuxième vice-président du Sénat relèveraient d’une initiative personnelle et ne sauraient engager la ligne officielle de l’AFDC-A. Les signataires ont donc tenu à s’en démarquer publiquement, allant jusqu’à inviter leur collègue à « tirer les conséquences politiques qui s’imposent ».
Une déclaration qui traduit un malaise interne et met en lumière les divergences de lecture autour d’un sujet particulièrement sensible dans la vie politique congolaise : la question constitutionnelle. Au-delà d’un simple désaccord interne, cette sortie révèle la prudence stratégique de plusieurs acteurs politiques face à un débat qui, historiquement, a souvent cristallisé les tensions en RDC. Depuis l’adoption de la Constitution de 2006, toute évocation de sa modification est perçue avec suspicion par une partie de l’opinion publique et de la classe politique, certains y voyant parfois une tentative de recomposition du système institutionnel au profit du pouvoir en place.
Dans ce contexte, de nombreuses formations préfèrent afficher une posture de fidélité au texte fondamental afin d’éviter toute polémique susceptible d’alimenter la contestation. La réaction des sénateurs de l’AFDC-A s’inscrit également dans la logique de cohésion au sein de l’Union sacrée de la nation, la plateforme politique soutenant le président Félix Tshisekedi. En réaffirmant leur attachement à la Constitution et à l’unité nationale, les élus cherchent visiblement à rassurer à la fois leurs partenaires politiques et l’opinion publique, dans un contexte où les débats institutionnels peuvent rapidement devenir explosifs.
Cette prise de distance pourrait néanmoins ouvrir une séquence politique délicate pour Modeste Bahati Lukwebo, figure influente de la majorité et autorité morale de l’AFDC-A. Elle met en évidence les lignes de fracture qui peuvent apparaître au sein même des formations alliées au pouvoir lorsqu’il s’agit de sujets structurants comme la réforme des institutions. Elle rappelle également que, dans le paysage politique congolais, la question constitutionnelle reste l’un des terrains les plus sensibles, capable de provoquer des repositionnements rapides et des débats passionnés bien au-delà des cercles parlementaires.
En filigrane, cette controverse illustre une réalité politique : la stabilité institutionnelle demeure un enjeu central en RDC, où chaque discussion autour de la Constitution est scrutée comme un indicateur de l’équilibre des forces au sommet de l’État. Les prochaines réactions au sein de la majorité présidentielle pourraient ainsi donner une idée plus précise de l’orientation que prendra ce débat dans les mois à venir.
Junior Kulele


