À Kinshasa, la justice vient de rendre un verdict qui ne manquera pas d’alimenter le débat politique et juridique. L’opposant Parole Kamizelo, plus connu sous le surnom de Maîtrisable, a été condamné lundi à deux ans de servitude pénale principale par le Tribunal de paix de Kinshasa/Ngaliema pour offense au Chef de l’État et propagation de fausses informations.
Figure médiatique des plateaux politiques depuis 2025, ce membre du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie, formation politique de l’ancien président Joseph Kabila, s’était fait connaître par ses interventions incisives et sa stratégie oratoire visant à « maîtriser » ses contradicteurs, d’où son sobriquet.
À l’issue du jugement, la défense n’a pas tardé à réagir. Selon Maître Éloi Mubilansama, l’un des avocats de l’opposant, le collectif d’avocats a décidé d’interjeter appel contre une décision qu’il juge sévère et contestable. « Le jugement est fondamentalement injuste. Les juges ont eu les mains lourdes en appliquant la peine la plus forte », a-t-il déclaré. Pour la défense, l’affaire soulève également une question juridique de fond. Me Mubilansama soutient que l’infraction d’offense au Chef de l’État ne devrait plus être appliquée dans l’arsenal judiciaire congolais.
« Dire que le procès est politique n’est pas exagéré. Cette infraction ne fait plus réellement partie de l’attelage juridique moderne. Elle remonte à l’ordonnance n°300 du 16 décembre 1963 et était utilisée à l’époque de la dictature mobutienne », a-t-il expliqué. L’avocat rappelle également que la poursuite pour ce type d’infraction suppose, selon lui, une plainte préalable de la personne estimant avoir été offensée. Or, affirme-t-il, ni le président Félix Tshisekedi ni ses services n’auraient introduit une telle plainte dans cette affaire.
Le ministère public reprochait à Parole Kamizelo d’avoir tenu, lors d’émissions télévisées, des propos contestant l’existence d’un mariage officiel du président Tshisekedi, allant jusqu’à réclamer publiquement la diffusion de preuves photographiques. Des déclarations qui, selon l’accusation, constituent à la fois une offense au Chef de l’État et une diffusion de fausses informations susceptibles de troubler l’ordre public.
Mais pour la défense, la procédure n’aurait pas respecté les garanties d’un procès équitable. « L’ensemble de ces éléments démontre que Monsieur Kamizelo n’a pas bénéficié d’un tribunal indépendant et neutre au sens des garanties constitutionnelles et des instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme ratifiés par la RDC », a soutenu Me Mubilansama. Dans la foulée, le Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie a dénoncé la condamnation de son membre et réitéré son exigence de voir libérés plusieurs de ses cadres, qu’il affirme détenus après des opérations qu’il qualifie d’« enlèvements ».
L’affaire Kamizelo s’inscrit ainsi dans un climat politique tendu, où les rapports entre pouvoir et opposition continuent de susciter interrogations et controverses, notamment sur la frontière entre liberté d’expression, responsabilité politique et protection des institutions de la République.
La rédaction de b-onetv.cd


