C’est une scène presque ordinaire ailleurs, mais longtemps attendue ici : celle de l’eau qui coule enfin au robinet. À Kinshasa, dans la commune de Ngaliema, le Complexe industriel de traitement d’eau de REGIDESO franchit un cap décisif. Le 18 mars, les modules 2 et 3 de l’usine de Binza Ozone ont été officiellement inaugurés par le ministre des Ressources hydrauliques et de l’électricité. Un geste technique en apparence, mais dont la portée sociale et humaine est immense.

Avec une capacité globale de 330 000 m³ d’eau par jour, cette installation moderne s’impose désormais comme l’un des piliers de l’approvisionnement en eau potable de la capitale. À terme, ce sont entre 5 et 6 millions de personnes supplémentaires qui pourront être desservies. Ce projet s’inscrit dans le programme KIN Elenda, soutenu par Banque mondiale, avec pour ambition de renforcer la résilience urbaine et d’adapter la ville à sa croissance rapide.
Derrière les chiffres, il y a des vies. Celles des habitants de Binza Ozone, Bandalungwa, Kasa-Vubu, Ngiri-Ngiri, Bumbu, Selembao et Makala, qui pendant des années ont vécu au rythme des pénuries. Dans ces quartiers, l’accès à l’eau relevait souvent du parcours du combattant : longues distances, bidons sur la tête, dépendance aux sources informelles.
« Dans notre quartier, l’eau ne coule pas des robinets… », confie un jeune habitant de Makala. Pour lui comme pour tant d’autres, cette inauguration marque la fin d’une corvée quotidienne et le début d’un confort longtemps espéré. Au-delà de l’aspect logistique, l’accès à l’eau potable touche à l’essentiel : la santé publique, l’hygiène, la dignité humaine.

En améliorant la desserte, les autorités entendent aussi réduire les maladies hydriques et accompagner le développement urbain d’une mégapole en constante expansion. Kinshasa grandit vite. Très vite. Et avec elle, les besoins explosent. Cette infrastructure apparaît comme une réponse concrète à cette pression démographique. Lors de la cérémonie, le ministre a salué un investissement « structurant », insistant sur son rôle dans la transformation durable de la ville et l’amélioration des conditions de vie.
À Binza Ozone, l’eau n’est plus seulement une promesse politique : elle devient une réalité palpable. Et dans une ville où chaque goutte compte, cette avancée résonne comme un signal fort celui d’un État qui tente de reconnecter ses citoyens à un droit fondamental. À Kinshasa, désormais, l’espoir a trouvé un nouveau chemin : celui des canalisations.
Junior Kulele


