Il y avait du silence… mais un silence vibrant. Celui qui précède les grandes émotions. Stylos en main, regards concentrés, souffle suspendu : au Centre Wallonie-Bruxelles de Kinshasa, le français n’était pas seulement une langue, il était un défi à relever. Le 20 mars 2026, à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie, plus de 200 participants ont répondu à l’appel d’une grande dictée pas comme les autres. Élèves et adultes, réunis mais séparés en catégories, se sont affrontés sur un terrain commun : celui des mots, de leurs subtilités, de leurs pièges… et de leur beauté.

Et pour donner le ton, une voix familière, presque mythique : celle de Koffi Olomide. Icône de la musique congolaise, mais aussi amoureux assumé des lettres, il a prêté sa voix à l’exercice avec une générosité rare. Répétant, modulant, accompagnant. Comme un chef d’orchestre des syllabes. « Devant les enfants, je voulais que tout le monde gagne », a-t-il confié, sourire en coin. « Avec les adultes, j’ai senti une petite rivalité… et ça m’a plu. »
Dans cette arène linguistique, la victoire ne devait rien au hasard. Chez les élèves, Gracy Munene s’est imposée avec détermination. Sa méthode ? Une discipline presque militante : lire, encore lire, toujours lire. « J’ai mis la pression à mes parents pour avoir des livres », avoue-t-elle. Derrière la boutade, une vérité simple : les mots se domptent avec patience.

Côté adultes, Destin-Irène Matalatala a rappelé une autre clé essentielle : comprendre pour maîtriser. « Le français vient de plusieurs langues que nous connaissons », explique-t-elle, soulignant l’importance des racines pour éviter les pièges de l’orthographe. Mais au-delà des performances, c’est une même énergie qui traversait la salle : celle d’un attachement profond à la langue française.

Une langue vivante, partagée, parfois exigeante, mais toujours fédératrice.
Car ici, à Kinshasa, la francophonie n’est pas un concept abstrait. Elle est vécue, parlée, disputée… et célébrée. La République démocratique du Congo, plus grand pays francophone au monde, en a offert une nouvelle preuve : celle d’un peuple qui ne se contente pas de parler français, mais qui choisit de l’honorer, mot après mot.
Junior Kulele


