À Kinshasa, l’image est saisissante : des files interminables de véhicules, des conducteurs à bout de patience, des stations prises d’assaut. Et pourtant, officiellement, tout va bien. Ou presque. Car derrière ce contraste entre terrain et discours, deux lectures s’opposent. D’un côté, la réalité vécue par les Kinois ce lundi : des stations-service débordées, d’autres à sec, et une crainte grandissante de paralysie. Une situation qui, à première vue, ressemble à une pénurie.
Mais du côté des autorités, le ton est tout autre. La ministre des Hydrocarbures, Acacia Bandubola Mbongo, se veut catégorique : « Il n’y a pas de pénurie de carburant. ». Après une visite aux installations de la SEP Congo, à Gombe, et un échange avec son directeur général, Malick Ndiaye, elle affirme que les stocks en essence et en gasoil sont disponibles et que la couverture est assurée, tant à Kinshasa qu’à l’intérieur du pays.
Pour elle, les longues files d’attente relèvent davantage de la rumeur que d’une réelle rupture d’approvisionnement. Message clair : pas de panique. Mais dans l’ombre de ce discours rassurant, les opérateurs du secteur pétrolier dressent un diagnostic bien différent. Pour Emery Mbasthi, la question n’est pas celle de la disponibilité immédiate, mais celle de la durabilité. « Le vrai problème, c’est de reconstituer le stock vendu », alerte-t-il.
Autrement dit, le carburant existe… mais le vendre dans les conditions actuelles pourrait fragiliser toute la chaîne d’approvisionnement. Les pétroliers refusent donc de « vendre à perte », de peur de ne plus être en mesure de renouveler leurs stocks. Un dilemme économique aux conséquences directes : ralentissement de la distribution, tension sur les points de vente, et mécaniquement… files d’attente.
Face à cette équation, deux pistes se dessinent, selon les professionnels du secteur : Revoir à la hausse le prix du litre à la pompe ou augmenter la subvention de l’État pour soutenir les opérateurs Un arbitrage sensible, à la croisée des impératifs économiques et sociaux. Accusés, à demi-mot, de rétention, les pétroliers rejettent fermement cette hypothèse. « La rétention de stock est une infraction », rappelle Emery Mbasthi.
Pour lui, la solution ne réside pas dans les accusations, mais dans le dialogue : « Il faut se mettre autour d’une table pour discuter et réfléchir. » Des discussions sont d’ailleurs en cours entre les différentes parties, laissant entrevoir une issue négociée dans les prochains jours. Au final, Kinshasa se retrouve face à une situation paradoxale : un carburant officiellement disponible, mais difficilement accessible.
Entre la communication des autorités et les contraintes économiques des opérateurs, la vérité semble se situer à mi-chemin. Une chose est sûre : sans solution rapide, cette tension pourrait rapidement dépasser le stade des files d’attente pour toucher le cœur même de la mobilité urbaine. Et dans une ville qui ne s’arrête jamais, le moindre ralentissement devient déjà un signal d’alerte.
JK


