À peine les premières pluies installées que l’inquiétude refait surface. Dans la commune de Limete, les quartiers Ndanu et Salongo, situés à Kingabwa, sont déjà en alerte précoce face au risque d’inondation. Depuis plusieurs jours, la population observe avec anxiété la montée progressive des eaux de la rivière N’djili, sortie de son lit sous l’effet des pluies saisonnières. Les premières avenues sont touchées, les habitations menacées.

L’eau s’infiltre lentement mais sûrement. D’abord au niveau des chevilles, puis des genoux… et parfois déjà jusqu’à la hanche dans certaines zones. Un scénario bien connu des habitants, qui redoutent le pire. Face à cette menace, certains n’attendent plus. Les premiers gestes d’évacuation sont visibles : valises hissées sur les toits, biens mis à l’abri, familles prêtes à fuir à tout moment. Une course contre la montre… avant que l’eau ne devienne incontrôlable.
Cette situation ravive un traumatisme récent. En 2025, ces mêmes quartiers avaient été durement frappés par des inondations dévastatrices, paralysant notamment la circulation entre le district de Tshangu et le reste de Kinshasa pendant près de 48 heures. Des milliers de sinistrés avaient trouvé refuge dans des sites d’accueil improvisés, notamment au Stade des Martyrs, au Stade Tata Raphaël ou encore à l’Institut Lumumba.
Si des indemnisations avaient été annoncées, touchant plus de 5 000 ménages, elles avaient suscité de nombreuses critiques. Montants jugés insuffisants, disparités dans les paiements, retards… Beaucoup de sinistrés avaient dénoncé une réponse en décalage avec l’ampleur des pertes subies. Dans les faits, ce sont souvent des initiatives privées et des élans de solidarité qui avaient permis de maintenir les camps, notamment en fournissant nourriture et produits de première nécessité.

Aujourd’hui encore, la gestion des catastrophes demeure un défi majeur pour la République démocratique du Congo. Malgré l’existence de structures publiques dédiées, les populations restent exposées, souvent contraintes de se débrouiller face à l’urgence. À Ndanu et Salongo, une question plane désormais : l’histoire est-elle en train de se répéter ? Car ici, à chaque retour des pluies, ce n’est pas seulement l’eau qui monte… c’est aussi la peur.
Elrick Elesse


