Longtemps marginalisée dans la gestion des réserves nationales, la richesse aurifère de la République démocratique du Congo s’apprête à changer de statut. Désormais, l’or ne sera plus seulement extrait, exporté ou détourné : il sera stocké, transformé et intégré comme pilier de souveraineté financière.

Au centre de ce virage stratégique, la Banque centrale du Congo, dirigée par André Wameso, qui a officialisé le lancement d’un processus inédit : l’accumulation d’or brut issu de l’exploitation artisanale en vue de sa conversion en or monétaire. Une initiative qui marque une rupture dans la manière dont le pays valorise ses ressources naturelles.
Ce tournant repose sur un partenariat opérationnel avec DRC Gold Trading, chargée d’assurer l’achat et la collecte de l’or auprès des exploitants artisanaux. La BCC, elle, reste en retrait sur le plan opérationnel, privilégiant un rôle stratégique et de supervision. L’objectif est clair : canaliser une production longtemps dominée par l’informel vers des circuits contrôlés, traçables et conformes aux standards internationaux, notamment ceux de l’OCDE.
Une expertise indépendante accompagnera le processus afin d’écarter tout risque d’« or de conflit », un enjeu crucial pour la crédibilité du pays sur les marchés. Dans un contexte mondial marqué par les incertitudes, l’or s’impose de nouveau comme une valeur refuge. Une réalité que rappelle André Wameso : de nombreuses banques centrales, y compris dans des pays non producteurs, renforcent leurs stocks pour se prémunir contre les chocs.
Pour la RDC, cette stratégie vise plusieurs objectifs simultanés : diversifier des réserves encore largement dominées par les devises, renforcer la crédibilité de la politique monétaire et constituer un matelas de sécurité face aux crises. À terme, l’or collecté sera raffiné puis converti en réserves officielles, stockées à la fois sur le territoire national et à l’étranger. Au-delà de l’enjeu monétaire, cette réforme s’attaque à un problème structurel : la fuite massive de l’or congolais vers les circuits informels et transfrontaliers.
« L’impact sur les filières illicites est attendu », affirme le gouverneur, convaincu que la formalisation progressive du secteur permettra de réduire les pertes et de mieux capter la valeur générée. Aujourd’hui, une part significative de la production échappe encore à l’État, alimentée par la prédominance de l’exploitation artisanale, la porosité des frontières et les écarts de fiscalité avec certains pays voisins.
Ce virage n’est pas seulement technique, il est aussi politique. Le président Félix Tshisekedi a lui-même instruit le gouvernement de mettre en place un mécanisme national de captation et de sécurisation des flux d’or. Sous la coordination de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, cette orientation s’inscrit dans une réforme plus large visant à mieux intégrer les ressources minières dans les circuits formels de l’économie.
En toile de fond, c’est toute une vision qui se dessine : celle d’un pays qui ne se contente plus d’exporter ses matières premières, mais qui les transforme en leviers de stabilité et de puissance économique. En réintroduisant l’or dans ses réserves stratégiques, la RDC tente de reprendre le contrôle d’une richesse longtemps dispersée. Un pari ambitieux, à la croisée de la réforme économique, de la gouvernance minière et de la souveraineté monétaire.
La rédaction de b-onetv.cd


