Dans le calme feutré des rives suisses, loin des détonations de l’Est congolais, un engagement a été arraché. À Montreux, où se sont tenues du 13 au 17 avril 2026 de nouvelles discussions entre Kinshasa et la rébellion de l’AFC/M23, les mots ont, pour une fois, esquissé des actes.
Au cœur de ce cycle de négociations, mené sous la médiation de l’État du Qatar, une décision majeure : la libération de prisonniers dans un délai de dix jours. Une mesure présentée comme un geste de confiance, mais surtout comme un test de sincérité entre deux camps longtemps enfermés dans la méfiance. Cette disposition s’appuie sur le mécanisme de libération des détenus signé le 14 septembre 2025, resté jusqu’ici lettre morte.
Si le communiqué final reste discret sur les chiffres, des sources au sein de la rébellion avancent des données précises : 311 détenus liés à l’AFC/M23 et 166 du côté gouvernemental seraient concernés. Une opération d’ampleur qui nécessitera coordination et garanties, dans un climat encore fragile.
Pour éviter tout dérapage, le processus sera encadré par le Comité international de la Croix-Rouge, désigné comme intermédiaire neutre. Sa mission : identifier, vérifier et superviser la libération sécurisée des détenus. Un rôle clé, dans un dossier où chaque nom, chaque transfert, peut devenir une source de tension.
Mais au-delà de cette avancée, les discussions ont également remis au centre une urgence souvent reléguée au second plan : celle de la survie des populations civiles. Les deux parties ont reconnu la nécessité d’assurer un accès humanitaire sans entrave dans l’Est de la République démocratique du Congo, tout en affirmant avoir progressé vers un futur protocole encadrant cette assistance.
Dans un engagement qui se veut plus large, Kinshasa et l’AFC/M23 ont également promis de respecter les obligations du droit international humanitaire et des droits de l’homme. Surtout, ils se sont engagés à épargner les biens essentiels à la vie des populations : denrées alimentaires, zones agricoles, réserves d’eau, infrastructures énergétiques et de télécommunications, ainsi que les hôpitaux et les écoles. Une liste qui, à elle seule, dit l’ampleur des destructions déjà subies.
Ce nouveau cycle intervient après de longs mois de blocage, marqués par une détérioration continue de la situation sécuritaire. Sur le terrain, la méfiance persiste, et les lignes de front restent mouvantes. Mais à Montreux, pour la première fois depuis longtemps, un calendrier a été posé, des engagements ont été couchés sur papier.
Reste désormais à savoir si ces promesses survivront à leur retour dans la réalité du conflit. Car dans l’Est congolais, la paix ne se décrète pas elle se prouve.
Junior Kulele


