Entre mémoire lucide et oubli dangereux, le 24 avril 1990 reste une date qui refuse de s’effacer. Ce jour-là, à Nsele, sous un soleil implacable, Mobutu Sese Seko lâche une phrase qui va faire basculer l’histoire : l’ouverture au multipartisme. Après 25 ans de règne sans partage et d’unipartisme incarné par le MPR, le Léopard du Zaïre accepte contraint ou lucide de desserrer l’étau.
Ce discours, arraché dans un contexte de pressions internes et internationales, au souffle de la Perestroïka, ouvre la voie à la Conférence nationale souveraine et annonce la fin d’un système verrouillé. Mais plus qu’une réforme, c’est une fissure : celle d’un pouvoir qui découvre sa propre fragilité. « Comprenez mon émotion », dira-t-il, laissant entrevoir, pour la première fois, l’homme derrière le mythe.
Dans ce moment charnière, le maréchal ne se contente pas d’annoncer une réforme : il redessine l’architecture politique. Réhabilitation des institutions, fin du parti-État, promesse d’une nouvelle Constitution et d’une transition vers la Troisième République autant d’engagements qui feront naître une effervescence nationale, portée par la Conférence nationale souveraine. Le pays entre alors dans une ère de débats, d’espoirs, mais aussi de turbulences.
Trente-six ans plus tard, l’image reste intacte : celle d’un géant politique rattrapé par le temps, passé de l’absolu au doute. L’histoire retiendra qu’en ce jour, Mobutu Sese Seko a compris peut-être trop tard qu’aucun pouvoir n’est éternel. Le 24 avril n’est pas qu’un souvenir. C’est une leçon. Celle d’un pays qui apprend, encore et toujours, que la démocratie ne s’accorde pas : elle se construit. Et que l’ivresse du pouvoir finit toujours par rencontrer la lucidité de l’histoire.
Junior Kulele


