Une nouvelle étape s’ouvre dans les relations entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda. Ce lundi à Kampala, six accords de coopération doivent être signés en présence du président Félix Tshisekedi et de son homologue Yoweri Museveni. Ces accords portent notamment sur la modernisation des infrastructures frontalières, avec la construction annoncée de postes modernes à Kasindi, Bunagana et Mahagi.
Officiellement, l’objectif affiché est clair : fluidifier les échanges commerciaux, renforcer la sécurité transfrontalière et accélérer l’intégration régionale entre les deux pays voisins. À première vue, le projet apparaît comme une avancée stratégique majeure. Les postes frontaliers concernés figurent parmi les points névralgiques des échanges économiques entre la RDC et l’Afrique de l’Est.
Kasindi constitue déjà une importante porte d’entrée commerciale vers l’Ouganda, tandis que Mahagi joue un rôle clé dans les échanges avec la région des Grands Lacs. Mais c’est surtout Bunagana qui concentre l’attention et ravive les interrogations. Le territoire est un symbole d’un paradoxe régional, située dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu, la cité frontalière de Bunagana est devenue, au fil des années, un symbole des contradictions sécuritaires dans l’Est congolais.
Alors que les deux États affichent aujourd’hui leur volonté de renforcer la coopération et la stabilité régionale, plusieurs observateurs rappellent que cette localité stratégique demeure encore sous contrôle du mouvement rebelle M23/AFC. Le paradoxe est d’autant plus frappant qu’en 2023, des troupes ougandaises avaient été déployées dans cette zone dans le cadre de la force régionale de l’EAC, officiellement pour contribuer à la stabilisation sécuritaire.
Deux ans plus tard, la persistance de l’occupation de Bunagana relance les débats sur l’efficacité réelle des mécanismes régionaux de sécurité mis en place dans la région des Grands Lacs. Pour Kinshasa, ces accords traduisent une volonté pragmatique : maintenir les partenariats économiques avec ses voisins malgré un contexte sécuritaire fragile. La RDC cherche notamment à renforcer ses corridors commerciaux vers l’Afrique de l’Est afin de soutenir les échanges et stimuler l’économie dans les provinces orientales.
De son côté, Kampala poursuit également des intérêts économiques et géostratégiques importants. L’Ouganda considère l’Est congolais comme un marché naturel pour ses produits et un espace stratégique pour son influence régionale. Cependant, au sein de l’opinion congolaise, certains analystes et acteurs de la société civile demeurent sceptiques. Ils estiment que les projets d’intégration économique ne peuvent produire des résultats durables tant que des zones entières échappent encore au contrôle effectif de l’État congolais.
La question qui revient désormais avec insistance est celle-ci : peut-on bâtir des infrastructures modernes de coopération régionale dans des territoires où l’autorité sécuritaire reste contestée ? La rencontre de Kampala intervient dans un contexte régional particulièrement sensible, marqué par les tensions persistantes dans l’Est de la RDC et les multiples initiatives diplomatiques en cours pour tenter de ramener la paix.
Au-delà des signatures officielles et des annonces économiques, c’est donc la crédibilité même des partenariats sécuritaires régionaux qui sera observée de près. Car si les postes frontaliers modernes symbolisent l’ouverture et l’intégration, Bunagana rappelle, elle, que la stabilité politique et sécuritaire reste encore le principal chantier inachevé de la région.
Junior Kulele


