Alors que l’Est de la République démocratique du Congo fait face à une nouvelle flambée du virus Ebola, le Directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé, le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, a choisi de parler directement aux populations touchées avant même de fouler le sol congolais. Dans un message chargé d’émotion et de solidarité adressé ce jeudi 28 mai aux habitants de l’Ituri, épicentre de cette 17ᵉ épidémie d’Ebola causée par la souche Bundibugyo, le patron de l’OMS a voulu rassurer une population déjà éprouvée par l’insécurité, les déplacements et les crises sanitaires répétées.
« Mes frères et sœurs de l’Ituri, je veux que vous sachiez que le monde observe votre courage », a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus dans une adresse qui se voulait autant un message d’espoir qu’un appel à la mobilisation collective. Le chef de l’agence sanitaire des Nations unies est attendu à Bunia dans les prochains jours pour une visite officielle destinée à soutenir les efforts de riposte engagés par le gouvernement congolais et ses partenaires internationaux. Mais avant cette arrivée, le Directeur général de l’OMS a tenu à briser toute distance institutionnelle, promettant d’être aux côtés des communautés affectées sur le terrain.
« Je ne gérerai pas cela depuis un bureau confortable loin de vous », a-t-il insisté. Dans son intervention, Tedros Adhanom Ghebreyesus a salué la résilience des Congolais face aux précédentes épidémies d’Ebola qui ont frappé le pays au cours des dernières décennies. Pour lui, la RDC porte aujourd’hui une expérience unique dans la lutte contre cette maladie redoutable. « C’est la 17ᵉ épidémie d’Ebola en RDC. Ensemble, vous avez surmonté chacune des précédentes. Ce n’est pas une petite chose », a-t-il souligné, rendant hommage à la force des communautés locales et aux équipes sanitaires engagées dans cette bataille.
Le patron de l’OMS a également insisté sur la coordination étroite entre son institution, le gouvernement congolais et les différents partenaires mobilisés dans la riposte. Selon lui, la réponse à cette crise sanitaire ne peut réussir qu’à travers une action collective et une implication active des populations.
Cependant, derrière les mots d’encouragement, le responsable onusien n’a pas caché la gravité de la situation actuelle.
Contrairement aux précédentes flambées causées majoritairement par la souche Ebola Zaïre pour laquelle des vaccins et certains traitements existent déjà, l’épidémie actuelle est provoquée par la souche Bundibugyo, beaucoup plus rare et pour laquelle il n’existe, à ce jour, ni vaccin homologué ni traitement spécifique approuvé. « C’est grave, et vous méritez de l’entendre clairement », a reconnu Tedros Adhanom Ghebreyesus avec franchise.
Malgré cette réalité préoccupante, le Directeur général de l’OMS a insisté sur le fait que des vies peuvent encore être sauvées grâce à une prise en charge précoce et au respect strict des mesures sanitaires. Il a exhorté les populations à signaler rapidement les symptômes suspects et à consulter sans attendre les centres de traitement. Selon lui, la rapidité de la prise en charge peut faire la différence entre la vie et la mort.
Dans un passage particulièrement poignant de son message, le patron de l’OMS a également promis un accompagnement humain pour les familles endeuillées. « Pour ceux que nous ne pouvons pas sauver, nous pleurerons avec vous », a-t-il affirmé, évoquant des enterrements sûrs et dignes pour les victimes du virus. Au-delà de l’urgence actuelle, Tedros Adhanom Ghebreyesus a assuré que l’OMS ne quitterait pas la RDC une fois l’épidémie terminée.
Il a promis de continuer à accompagner le pays dans le renforcement de son système de santé afin de mieux protéger les communautés contre les futures crises sanitaires. Depuis la confirmation officielle de cette épidémie le 15 mai dernier en Ituri, la maladie s’est progressivement étendue aux provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, poussant l’OMS à déclarer une urgence de santé publique de portée internationale.
Sur le terrain, malgré les difficultés d’accès à certaines zones affectées en raison de l’insécurité persistante, les autorités congolaises affichent leur détermination à contenir cette nouvelle flambée, fortes de l’expérience acquise lors des seize précédentes épidémies d’Ebola enregistrées dans le pays..
Une délégation gouvernementale conduite notamment par le ministre de la Santé Roger Kamba est déjà arrivée à Bunia afin d’évaluer la situation et renforcer la coordination des opérations de riposte. Dans l’Est de la RDC, où les populations vivent depuis des années entre violences armées et urgences humanitaires, la bataille contre Ebola devient désormais un nouveau test de résilience nationale.
JK


