Alors que l’épidémie d’Ebola Bundibugyo continue de mobiliser les autorités sanitaires en République démocratique du Congo, le directeur général de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a lancé depuis Bunia un message fort à la communauté internationale : les restrictions de voyage et les fermetures de frontières ne constituent pas la réponse appropriée à cette crise sanitaire.
En visite dans la capitale de l’Ituri, devenue l’épicentre de la dix-septième épidémie d’Ebola enregistrée dans le pays, Tedros Adhanom Ghebreyesus a appelé les États ayant imposé des mesures restrictives aux voyageurs en provenance de la RDC, de l’Ouganda et du Soudan du Sud à revoir leur position. « Ces mesures compliquent les efforts de riposte et risquent de décourager la transparence ainsi que la confiance, pourtant essentielles pour sauver des vies », a-t-il déclaré lors d’un point de presse conjoint animé samedi à Bunia.
Pour le chef de l’OMS, la lutte contre Ebola ne se gagne ni par l’isolement des populations ni par l’érection de barrières aux frontières, mais par une réponse coordonnée, fondée sur la surveillance, la prise en charge rapide des malades et l’implication active des communautés. Au cours de son séjour en Ituri, Tedros Adhanom Ghebreyesus a rencontré le gouverneur militaire de la province, le lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama, ainsi que les ministres congolais de la Santé, Roger Kamba, et de la Communication, Patrick Muyaya.
Il a également échangé avec les équipes de riposte, les partenaires humanitaires, la Croix-Rouge congolaise, Africa CDC, l’UNICEF et le Programme alimentaire mondial. Au-delà de l’appui technique, le patron de l’OMS a voulu adresser un message de solidarité aux populations touchées par l’épidémie. « Je suis venu parce que les populations de l’Ituri, des Kivus et de toute la RDC méritent de savoir qu’elles ne sont pas seules », a-t-il affirmé.
Face à une maladie qui suscite souvent peur et méfiance, il a insisté sur l’importance d’écouter les communautés plutôt que de leur imposer des solutions venues d’en haut. « Nous ne sommes pas là pour dire aux gens ce qu’il faut faire. Nous sommes là pour écouter », a-t-il souligné, estimant que la confiance des populations demeure l’une des armes les plus efficaces contre la propagation du virus. Si aucun vaccin ni traitement spécifique n’est encore homologué contre la souche Bundibugyo, des essais cliniques sont actuellement en cours.
Tedros Adhanom Ghebreyesus a néanmoins rappelé qu’Ebola n’est pas une maladie systématiquement mortelle et que de nombreux patients peuvent survivre grâce à une prise en charge médicale précoce et adaptée. La veille de son déplacement à Bunia, le directeur général de l’OMS avait été reçu à Kinshasa par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka. Les deux responsables ont notamment évoqué la nécessité de transformer les investissements engagés dans la riposte actuelle en acquis durables pour le système de santé congolais.
Forte de l’expérience acquise lors des seize précédentes épidémies, toutes finalement maîtrisées, la RDC dispose aujourd’hui d’un savoir-faire reconnu dans la lutte contre Ebola. Une réalité qui nourrit l’optimisme prudent du patron de l’OMS. « Cette histoire me donne une vraie confiance », a-t-il déclaré, convaincu que le pays dispose des ressources humaines et de l’expérience nécessaires pour venir à bout de cette nouvelle flambée épidémique.
Pour l’OMS, le véritable défi n’est donc pas de fermer les frontières, mais de renforcer la coopération, la vigilance et la confiance afin d’empêcher le virus de gagner davantage de terrain.
JK


