C’est une audience qui va marquer l’histoire judiciaire et militaire de la République démocratique du Congo. Devant une Haute Cour militaire particulièrement scrutée, plusieurs hauts gradés des Forces armées de la RDC (FARDC) ont comparu ce jeudi 4 juin dans une affaire où se mêlent accusations de complot, de trahison et d’atteinte à la sûreté de l’État.

Parmi les personnalités citées dans ce dossier figurent l’ancien chef d’état-major général des FARDC, le général Christian Tshiwewe, l’ancien inspecteur général de l’armée, le général John Numbi, ainsi que plusieurs officiers supérieurs et personnalités civiles. Lors de cette première audience, la Haute Cour militaire a procédé à l’identification des prévenus avant de donner lecture de l’ensemble des charges retenues contre eux.
Le ministère public reproche aux accusés une série d’infractions particulièrement lourdes, parmi lesquelles le complot contre les institutions de la République, la trahison, l’apologie du terrorisme, la propagation de faux bruits, la violation des consignes militaires, la désertion à l’étranger, la détention illégale d’armes et de munitions de guerre ainsi que l’incitation de militaires à agir en violation de leurs obligations professionnelles et disciplinaires.
Des chefs d’accusation qui, s’ils étaient établis, figureraient parmi les plus graves prévus par le Code judiciaire militaire congolais. L’un des moments marquants de l’audience a été l’absence de trois prévenus, dont le général d’armée John Numbi, ancien inspecteur général des FARDC. Étaient également absents Pascal Nyembo Muyumba, ancien directeur général du CEEC, et le général de brigade John Chinyabuuma Kamukinde.
Face à cette situation, l’auditeur général des FARDC, le lieutenant-général Lucien-René Likulia Bakumi, a demandé à la Cour d’autoriser leur jugement par défaut, estimant que les intéressés sont actuellement en fuite. Cette requête s’appuie sur les dispositions des articles 326 et 327 du Code judiciaire militaire, qui permettent la poursuite de prévenus absents lorsqu’ils échappent à la justice.
Ce procès intervient dans un contexte particulièrement sensible pour la RDC. Depuis plusieurs années, le pays fait face à une dégradation de la situation sécuritaire dans l’Est, où les FARDC affrontent la rébellion de l’AFC/M23 soutenue, selon Kinshasa et plusieurs rapports internationaux, par le Rwanda. Dans ce climat de guerre et de fortes tensions régionales, les autorités congolaises multiplient les enquêtes visant à établir les responsabilités de certains responsables militaires soupçonnés d’avoir agi contre les intérêts de la nation.
Pour de nombreux observateurs, cette procédure judiciaire est également un test de crédibilité pour les institutions militaires et judiciaires du pays, appelées à démontrer leur capacité à poursuivre des personnalités de haut rang sans considération de statut. Après les premières formalités et les réquisitions du ministère public, la Haute Cour militaire a décidé de renvoyer l’affaire au 25 juin prochain pour la poursuite de l’instruction.
D’ici là, l’opinion publique restera attentive aux développements de ce dossier explosif, dont les implications dépassent largement le cadre judiciaire et touchent directement aux enjeux de sécurité nationale, de gouvernance militaire et de stabilité de l’État congolais. Le procès ne fait que commencer, mais il s’annonce déjà comme l’un des plus sensibles de ces dernières années en République démocratique du Congo.
La rédaction de b-onetv.cd


