Pendant des années, la paie des agents et fonctionnaires de l’État a été considérée comme une boîte noire, engloutissant chaque mois une part considérable du budget national. Désormais, le gouvernement entend lever le voile sur cette gigantesque mécanique financière. En recevant le rapport à mi-parcours de l’audit conduit par l’Inspection générale des finances (IGF), la Première ministre Judith Suminwa a donné le signal d’une opération qui pourrait redéfinir la gestion des finances publiques en République démocratique du Congo.
La première étape de cette mission est achevée. Elle a consisté à examiner les états liquidatifs de la paie, c’est-à-dire les documents qui déterminent les rémunérations versées aux agents publics. Les premiers constats ont conduit l’IGF à franchir une nouvelle étape : dès lundi, des équipes seront déployées sur le terrain pour confronter les données administratives à la réalité des services publics et vérifier les anomalies ou écarts relevés.
Cette phase de vérification est stratégique. Dans un pays où la masse salariale représente l’une des plus importantes charges de l’État, la lutte contre les doublons, les bénéficiaires fictifs ou les dysfonctionnements administratifs peut dégager des marges budgétaires considérables. L’objectif n’est pas seulement de débusquer d’éventuelles irrégularités, mais aussi de restaurer la crédibilité du système de rémunération publique.
Selon les conclusions préliminaires de l’IGF, la masse salariale a augmenté de manière progressive entre 2023 et 2026, sans qu’une explosion des effectifs de la fonction publique ne soit observée. Cette évolution soulève plusieurs interrogations : est-elle le résultat des ajustements salariaux, de nouvelles politiques d’intégration ou d’un manque d’harmonisation entre les différentes administrations ? C’est précisément à ces questions que l’audit devra répondre.
Au-delà du contrôle, l’IGF propose une réforme structurelle : l’unification et la digitalisation du système de paie de l’État. L’idée est de créer une plateforme unique capable de centraliser les données, de renforcer les mécanismes de contrôle et d’assurer une plus grande transparence dans le paiement des rémunérations. Une telle réforme réduirait les manipulations manuelles et limiterait les risques de fraude ou d’erreurs.
L’enjeu est autant économique que politique. Dans un contexte où les besoins en investissements dans les infrastructures, la santé, l’éducation et la sécurité restent immenses, chaque franc congolais économisé grâce à une meilleure gouvernance budgétaire peut être réaffecté à des secteurs prioritaires. L’audit de la paie apparaît ainsi comme un test grandeur nature de la volonté du gouvernement de moderniser l’administration publique. Son succès dépendra toutefois de la capacité des institutions à transformer les constats en réformes concrètes et à maintenir les efforts de contrôle dans la durée.
Après son audience avec la Première ministre, le chef de service de l’IGF, Christophe Bisimwa, a fait le point sur l’état d’avancement de cette mission. Les prochaines semaines seront décisives : elles permettront de savoir si cette vaste opération débouchera sur une simple photographie de l’existant ou sur une véritable révolution dans la gestion de la plus grande dépense de l’État congolais.
La rédaction de b-onetv.cd


