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Pascal Poba s’en est allé : le silence après les mots du cœur

10 heures ago
in Culture
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Pascal Poba s’en est allé : le silence après les mots du cœur
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Il était de ceux dont le nom n’apparaissait pas toujours en lettres géantes sur les affiches, mais dont les mots traversaient les générations. De ceux qui écrivaient les émotions des autres tout en racontant les nôtres. Pascal Poba, celui que le public congolais avait affectueusement surnommé « le parolier du cœur », s’est éteint ce vendredi 5 juin 2026 à l’âge de 68 ans, des suites d’une maladie.

Avec sa disparition, c’est une plume rare de la rumba congolaise qui se brise. Une plume capable de transformer les blessures en poésie, les passions en mélodies et les silences en chansons. Pendant plusieurs décennies, Pascal Poba a habillé les plus belles voix du pays avec des textes d’une sensibilité exceptionnelle. Artisan discret de nombreux succès, il appartenait à cette catégorie d’auteurs dont les œuvres survivent au temps et continuent de murmurer dans la mémoire collective longtemps après la dernière note.

Son parcours est celui d’un créateur qui a préféré l’ombre des studios à la lumière tapageuse des projecteurs. Pourtant, son empreinte est partout. Dans « Voyage Mboso » d’Adolphe Dominguez, dans « Feux de l’amour », « Recto-Verso » et plusieurs titres marquants des débuts de J.B. Mpiana. Dans « Maman » de Papa Wemba. Et dans tant d’autres chansons qui ont accompagné les joies, les séparations et les rêves de millions de Congolais.

Avant même que le mot « featuring » ne devienne à la mode, Pascal Poba bâtissait déjà des ponts entre artistes et générations. Son talent faisait l’unanimité. Les dédicaces et les « mabanga » adressés à son nom dans de nombreuses chansons témoignaient du respect immense que lui vouait le monde musical. Puis vint le moment de sortir de l’ombre. De prêter sa propre voix à ses textes. Avec son album « Sucré-Salé », il révèle une autre facette de son génie. On y découvre un artiste sensible, profondément humain, capable de chanter aussi bien les tourments de l’amour que les drames de la société.

Dans « Mirna », il évoque avec une infinie délicatesse les ravages de la guerre qui déchire les familles. Dans ses textes, l’amour prend toutes ses formes, de l’Agapé désintéressé à l’Éros passionné. Chaque chanson ressemble à une confidence déposée au creux de l’oreille de l’auditeur. Sa participation à l’œuvre collective « Mwana Pwo / Franc Congolais », réunissant plusieurs générations d’icônes de la musique congolaise, de Wendo Kolosoy à Ferré Gola, restera également l’un des symboles de son engagement pour la préservation du patrimoine culturel national.

Mais Pascal Poba n’était pas seulement un artiste. À travers ses albums « Réflexion », « Pyramide renversée » et « Sucré-Salé », ainsi qu’à la tête de son orchestre Les Lettres P, il a utilisé la musique comme un outil d’éveil et de sensibilisation. Ses chansons contre le paludisme et l’analphabétisme témoignent d’un homme convaincu que l’art pouvait aussi servir à transformer la société. Aujourd’hui, la musique congolaise perd l’un de ses plus élégants conteurs. Un homme qui savait donner des mots aux sentiments que beaucoup peinaient à exprimer. Un artisan des émotions, un architecte des mélodies, un poète de la rumba.

Pascal Poba s’en est allé. Mais comme tous les grands paroliers, il laisse derrière lui ce que la mort ne peut emporter : des chansons, des souvenirs et ces fragments d’éternité que l’on appelle les œuvres. Et quelque part, dans le souffle d’une vieille rumba qui s’échappe d’une radio ou d’un bar de quartier, sa plume continue déjà de vivre.

Elrick Elesse/Junior Kulele

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