Le temps où les sélections africaines débarquaient en Coupe du monde avec le simple statut d’invité surprise semble définitivement révolu. Cette année, le continent ne traverse pas l’Atlantique pour faire de la figuration. Il arrive avec dix ambassadeurs, des générations talentueuses et une certitude grandissante : le football africain peut désormais regarder les géants du monde droit dans les yeux.
Du 11 juin au 19 juillet, les États-Unis, le Canada et le Mexique accueillent la plus grande Coupe du monde de l’histoire. Quarante-huit nations, cent quatre matchs et une nouvelle formule qui ouvre davantage les portes de l’exploit. Et parmi les grandes attractions de cette édition, l’Afrique s’impose comme l’un des acteurs majeurs. Le coup d’envoi sera d’ailleurs marqué par la présence d’une équipe africaine. L’Afrique du Sud aura l’honneur d’ouvrir le bal face au Mexique, lançant symboliquement une aventure où tout un continent nourrira les mêmes espoirs.
Car il y a quatre ans, le Maroc a changé le regard du monde sur le football africain. En atteignant les demi-finales au Qatar, les Lions de l’Atlas ont brisé un plafond de verre que beaucoup pensaient infranchissable. Ce parcours historique n’a pas seulement fait vibrer Rabat ou Casablanca, il a réveillé une ambition collective de Dakar à Kinshasa, d’Abidjan au Caire. Les Marocains reviennent aujourd’hui avec une équipe plus expérimentée encore, consciente qu’elle ne bénéficiera plus de l’effet de surprise mais déterminée à confirmer que son exploit n’était pas un accident de l’histoire.
Le Sénégal, lui, continue d’incarner une valeur sûre du football africain. Portés par l’expérience de Sadio Mané et une génération habituée aux grands rendez-vous, les Lions de la Teranga semblent armés pour prolonger leur tradition de performances mondiales. Derrière ces deux locomotives, plusieurs prétendants avancent avec de solides arguments. Championne d’Afrique en 2024, la Côte d’Ivoire rêve enfin de franchir un cap dans une Coupe du monde et de donner une dimension planétaire à son renouveau.
L’Algérie, absente des dernières éditions, revient avec l’ambition de renouer avec les exploits de 2014 et de rappeler que les Fennecs restent une nation capable de faire tomber les plus grands. L’Égypte et la Tunisie, fortes de leur longue expérience du tournoi, comptent sur leur discipline tactique pour survivre à une phase de groupes toujours impitoyable. Quant au Ghana, il espère retrouver les émotions de ses grandes campagnes mondiales, porté par une diaspora très présente en Amérique du Nord.
Mais les histoires les plus romantiques viennent peut-être d’ailleurs. Le Cap-Vert découvre pour la première fois la scène mondiale. Un rêve devenu réalité pour une petite nation insulaire qui veut écrire l’un des plus beaux chapitres de son histoire sportive.
Et puis il y a la République démocratique du Congo. Après des années d’absence, les Léopards retrouvent enfin la Coupe du monde. À Kinshasa, les souvenirs de la campagne qualificative ont ravivé une passion immense. Le pays tout entier veut croire qu’il est possible d’imiter les grandes épopées africaines et de transformer ce retour en événement historique.
La nouvelle formule de la compétition pourrait d’ailleurs sourire aux représentants du continent. Avec les meilleurs troisièmes désormais qualifiés pour les seizièmes de finale, les occasions de prolonger l’aventure sont plus nombreuses que jamais. Au-delà des dix équipes engagées, c’est toute l’Afrique qui vivra au rythme du Mondial. Dans les quarante-quatre pays absents de la compétition, les cafés, les salons et les places publiques vibreront pour les représentants du continent.
Chacun aura son favori, chacun fera ses pronostics, chacun espérera voir flotter le plus longtemps possible un drapeau africain dans cette Coupe du monde. Parce qu’en 2026, l’Afrique ne rêve plus seulement d’un exploit isolé. Elle rêve d’une confirmation. Elle rêve d’une finale. Elle rêve, pourquoi pas, d’un premier sacre qui bouleverserait à jamais la géographie du football mondial.
Junior Kulele


