La course à la tête de l’Organisation internationale de la Francophonie entre dans une phase inédite. Réunis à Paris, les ministres des Affaires étrangères des États et gouvernements membres de plein droit auditionnent, ce 30 juin, les quatre prétendants au poste de Secrétaire général de l’organisation. Une première dans l’histoire de la Francophonie, qui rompt avec des décennies de désignations essentiellement fondées sur les tractations diplomatiques.
Cette procédure publique marque la mise en œuvre de la réforme institutionnelle adoptée en 2022. Désormais, les candidats ne sont plus seulement évalués dans les coulisses des négociations : ils doivent défendre publiquement leur vision stratégique de la Francophonie devant les représentants des États membres avant le choix final des chefs d’État.
Quatre personnalités sont en lice pour le mandat 2027-2030. Parmi elles figurent la secrétaire générale sortante, Louise Mushikiwabo, qui ambitionne un troisième mandat, l’ancienne ministre congolaise Juliana Lumumba, fille du héros de l’indépendance Patrice Emery Lumumba, la Mauritanienne Coumba Ba et l’ancien Premier ministre roumain Dacian Cioloș.
Chaque candidat dispose de quarante-cinq minutes pour convaincre les ministres. Le format est identique pour tous : cinq minutes d’introduction, vingt minutes de présentation de leur projet pour la Francophonie, puis vingt minutes d’échanges avec les délégations. Dans un souci de transparence, les auditions sont enregistrées et seront diffusées en différé sur les plateformes de l’organisation.
Au-delà de l’enjeu institutionnel, cette élection revêt une forte dimension géopolitique. La candidature de Juliana Lumumba place la République démocratique du Congo face au Rwanda de Louise Mushikiwabo, alors que les relations entre Kinshasa et Kigali demeurent profondément dégradées. Les autorités congolaises accusent le Rwanda de soutenir la rébellion AFC/M23, active dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, tandis que Kigali reproche à Kinshasa ses liens présumés avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda.
Malgré les engagements pris dans le cadre des accords de Washington, les tensions restent vives sur le terrain. L’Organisation internationale de la Francophonie présente toutefois cette diversité de candidatures comme le reflet de la vitalité de l’espace francophone. Forte de 90 États et gouvernements répartis sur cinq continents et de près de 396 millions de locuteurs, l’organisation entend renforcer la transparence et la crédibilité de son mode de gouvernance.
À l’issue des auditions, les ministres se réuniront à huis clos pour arrêter leurs recommandations. La décision finale reviendra aux chefs d’État et de gouvernement lors du 20ᵉ Sommet de la Francophonie, prévu le 16 novembre prochain à Phnom Penh. C’est dans la capitale cambodgienne que sera désigné le futur visage de la Francophonie pour les quatre prochaines années, au terme d’une élection qui dépasse désormais le simple cadre institutionnel pour s’inscrire au cœur des équilibres diplomatiques de l’espace francophone.
Junior Kulele


