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SADC : après avoir retrouvé sa voix, la RDC doit désormais retrouver son influence

11 heures ago
in Coopération
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SADC : après avoir retrouvé sa voix, la RDC doit désormais retrouver son influence
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La République démocratique du Congo retrouve sa pleine voix au sein de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC). Réuni le 12 août à Durban, le Conseil des ministres de l’organisation régionale a levé les restrictions qui limitaient la participation de Kinshasa, après la régularisation de ses arriérés de contributions. Privée de droit de parole depuis 2024, la RDC peut désormais reprendre pleinement part aux débats et aux mécanismes décisionnels de la SADC.

Cette régularisation, portée comme une priorité par le ministre de l’Intégration régionale, Floribert Anzuluni, dépasse une simple question comptable. Dans une région où les rapports de force diplomatiques se jouent aussi dans les organisations sous-régionales, perdre sa voix revient à perdre une partie de sa capacité d’influence. Le précédent de décembre 2025, lorsque Félix Tshisekedi n’avait pas pu intervenir lors d’un sommet extraordinaire, avait illustré le coût politique de cette situation.

Le retour de Kinshasa intervient surtout à un moment stratégique. La crise sécuritaire dans l’Est de la RDC reste au cœur des préoccupations de la SADC, qui avait déployé la SAMIDRC avant de mettre fin à son mandat en mars 2025. La RDC peut désormais défendre directement ses positions dans une organisation qui connaît parfaitement le dossier congolais et qui demeure un acteur important de la diplomatie régionale. C’est dans cette perspective que Floribert Anzuluni a présenté aux ministres de la SADC les avancées annoncées dans la mise en œuvre des engagements de l’accord de Washington conclu entre Kinshasa et Kigali.

Au centre de son exposé : le protocole de désarmement, démobilisation et cantonnement des FDLR, préalable annoncé à leur rapatriement vers le Rwanda ou à leur transfert vers un pays tiers. Kinshasa affirme également avoir mis en place un comité de suivi associant des partenaires régionaux et internationaux. Cette initiative touche directement au cœur du compromis sécuritaire conclu à Washington en juin 2025 : la neutralisation des FDLR côté congolais contre la levée des mesures défensives et le retrait des forces rwandaises du territoire congolais.

Or, plus d’un an après la signature, ces deux engagements restent confrontés à de sérieuses difficultés. Kigali conteste la démarche congolaise sur les FDLR et estime qu’elle ne correspond pas aux obligations convenues. Kinshasa, de son côté, considère la neutralisation de ce groupe comme un moyen de priver le Rwanda de tout argument justifiant le maintien de ses forces en RDC.

Le problème dépasse donc la seule question technique du cantonnement. Il révèle la difficulté fondamentale de l’accord de Washington : chacune des parties conditionne, de fait, ses propres avancées à celles de l’autre. Tant que la confiance ne progresse pas, chaque engagement devient susceptible d’être interprété comme insuffisant, prématuré ou non conforme. Pendant ce temps, les combats et les tensions persistent dans l’Est.

Dans ce contexte, le retour de la RDC à la table de la SADC constitue une opportunité diplomatique. Kinshasa ne doit cependant pas se contenter de récupérer son droit de parole. Elle doit désormais utiliser cette position retrouvée pour expliquer ses engagements, mobiliser les États membres autour du processus de paix et éviter que les discussions régionales ne soient dominées par les récits concurrents de Kinshasa et Kigali.

La présidence sud-africaine du Conseil des ministres de la SADC pour 2026-2027, confiée à Ronald Lamola, ouvre à cet égard une nouvelle séquence. L’Afrique du Sud, acteur majeur de la région et pays directement engagé dans les dynamiques sécuritaires de l’Est, pourrait jouer un rôle important dans l’accompagnement des efforts diplomatiques. La RDC a donc retrouvé sa voix. Le véritable défi commence maintenant : la transformer en influence.

Car dans la crise congolaise, participer aux réunions ne suffit plus. Il faut être capable d’y peser, d’y défendre ses intérêts et surtout de convaincre que les engagements pris peuvent produire des résultats concrets sur le terrain. Pour Kinshasa, le retour dans le jeu institutionnel de la SADC est moins une fin qu’un nouveau levier pour la bataille diplomatique autour de la paix.

Junior Kulele

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