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École sous Ebola : le pari à haut risque

3 minutes ago
in éducation
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École sous Ebola : le pari à haut risque
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Alors que la République démocratique du Congo prépare la rentrée scolaire dans un contexte de flambée de la maladie à virus Ebola, le gouvernement se trouve face à une équation délicate : garantir le droit à l’éducation sans faire des établissements scolaires de nouveaux espaces de transmission. Cette rentrée apparaît ainsi comme un véritable test de la capacité de l’État à gérer simultanément urgence sanitaire et continuité des services essentiels.

La rentrée scolaire ne sera pas une rentrée comme les autres. Dans les zones touchées ou exposées à Ebola, chaque salle de classe, chaque cour d’école et chaque mouvement d’élèves devront être considérés avec une attention particulière. Le défi consiste à protéger les enfants et les enseignants sans priver durablement des milliers d’élèves de leur droit à l’éducation.

Pour répondre à cette situation, le ministère de l’Éducation nationale a privilégié une approche fondée sur la cartographie des risques. Le territoire est réparti en trois catégories : les zones vertes, où les cours peuvent se dérouler normalement ; les zones orange, soumises à une vigilance sanitaire renforcée ; et les zones rouges, où l’enseignement à distance doit prendre le relais.

Cette stratégie marque une rupture avec le réflexe de la fermeture généralisée. Elle tient compte du fait que l’épidémie ne frappe pas toutes les régions avec la même intensité. Fermer indistinctement toutes les écoles aurait pu provoquer une crise éducative nationale à partir d’une situation sanitaire géographiquement circonscrite. Mais la pertinence d’une stratégie sur le papier ne garantit pas son efficacité sur le terrain.

En RDC, le véritable défi commence lorsque les directives nationales doivent être appliquées dans des établissements parfois confrontés au manque d’eau, de matériel d’hygiène ou de personnel. Thermoflashs, dispositifs de lavage des mains, savons, kits d’hygiène, sensibilisation et mécanismes d’alerte devront constituer la première ligne de protection. Encore faut-il que ces équipements soient disponibles en quantité suffisante et de manière continue. Une école qui dispose de dispositifs de prévention pendant quelques jours seulement ne peut pas être considérée comme durablement protégée.

La question de la surveillance est tout aussi importante. Les enseignants devront être capables de reconnaître rapidement les signes suspects et de déclencher les mécanismes d’alerte appropriés. Les familles devront également être associées au dispositif, car la prévention ne peut s’arrêter aux portes de l’école. Dans les zones rouges, l’enseignement à distance constitue une alternative nécessaire. Mais là encore, la RDC devra éviter de reproduire des solutions pensées pour des environnements fortement connectés.

L’accès limité à l’électricité, à Internet, aux smartphones et aux équipements numériques rend difficile une stratégie reposant exclusivement sur les plateformes en ligne. Une partie importante des élèves risquerait alors de se retrouver totalement exclue du système éducatif. La distribution de feuilles de devoirs, les points de retrait dans les établissements, les radios communautaires et d’autres supports accessibles peuvent permettre de maintenir le lien pédagogique.

Mais cette formule présente ses propres limites. Elle exige une organisation rigoureuse, un suivi régulier des enseignants et une implication importante des parents. Sans accompagnement, l’enseignement à distance peut rapidement se transformer en simple distribution de devoirs, puis en décrochage scolaire. Le risque est particulièrement important pour les enfants vivant dans les ménages les plus vulnérables.

Autre enjeu majeur : l’évolution de la carte épidémiologique. Une zone considérée comme verte aujourd’hui peut devenir orange ou rouge quelques semaines plus tard. À l’inverse, une zone fortement touchée peut progressivement retrouver une situation plus stable. La décision de réévaluer régulièrement le dispositif, notamment toutes les quatre semaines en coordination avec les autorités sanitaires, constitue donc un élément essentiel. La politique éducative devra suivre l’évolution de l’épidémie et non l’inverse.

Cette flexibilité sera également indispensable pour éviter une accumulation des retards scolaires. Si la crise devait s’inscrire dans la durée, le gouvernement devrait rapidement réfléchir aux conséquences sur les programmes, les évaluations et les examens certificatifs. Car la véritable question ne sera bientôt plus seulement de savoir combien d’écoles peuvent rester ouvertes, mais combien d’élèves pourront réellement continuer à apprendre.

Cette rentrée scolaire sera donc un révélateur de la capacité de l’État congolais à gérer une crise sanitaire sans sacrifier les autres priorités sociales. Il ne suffira pas d’annoncer des mesures : il faudra les financer, les déployer et les contrôler. Le succès de cette rentrée ne se mesurera pas uniquement au nombre d’écoles ouvertes. Il se mesurera à la capacité de protéger les élèves et les enseignants, de rassurer les parents et de garantir la continuité des apprentissages, y compris dans les territoires les plus fragiles.

Entre le risque de propagation d’Ebola et celui d’une génération d’élèves durablement perturbée dans sa scolarité, la RDC doit trouver un équilibre particulièrement délicat. La prudence sanitaire ne doit pas conduire à l’abandon scolaire, tandis que la volonté de maintenir les cours ne doit jamais se faire au prix de la sécurité des enfants. C’est précisément dans cet équilibre que se jouera le véritable pari de cette rentrée sous Ebola.

Constantin Ntambwe

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