La visite de João Lourenço à Kinshasa aura été marquée par une signature à forte portée économique. Le contrat de concession ferroviaire Dilolo–Sakania, confié à Mota-Engil, place le Corridor de Lobito au cœur d’une nouvelle ambition pour la RDC : passer d’un simple axe d’évacuation minière à un véritable levier d’intégration économique et de transformation locale.

À la Cité de l’Union africaine, Félix Tshisekedi et son homologue angolais João Lourenço ont affiché une même volonté : donner une nouvelle dimension à la coopération entre Kinshasa et Luanda. Sécurité régionale, hydrocarbures, électricité, mais surtout infrastructures ferroviaires : les deux capitales veulent désormais traduire leurs relations politiques en projets structurants. La signature du contrat de concession entre la RDC et Mota-Engil constitue, à cet égard, l’un des principaux résultats de cette visite.
Le projet prévoit la modernisation du tronçon Dilolo–Sakania, long de plus de 1 000 kilomètres, pour un investissement annoncé à 1,258 milliard de dollars américains. L’objectif est stratégique : connecter les grands bassins miniers du Katanga, notamment Kolwezi, Tenke et Lubumbashi, au port angolais de Lobito, sur l’océan Atlantique. Une liaison qui pourrait réduire les contraintes logistiques auxquelles sont confrontées les exportations minières congolaises et renforcer l’accès du pays aux marchés internationaux.

Le véritable enjeu dépasse cependant la rénovation d’une voie ferrée. Félix Tshisekedi l’a clairement résumé : Kinshasa ne veut pas d’un corridor limité au transport des matières premières. L’ambition affichée est d’en faire un corridor de production, de transformation et de création de valeur. Cette orientation est essentielle pour la RDC. Le pays dispose d’immenses ressources minières, mais reste confronté à un déficit d’infrastructures capables de connecter efficacement les zones de production aux marchés.
Le Corridor de Lobito peut donc devenir davantage qu’un itinéraire logistique : il peut servir de colonne vertébrale à une nouvelle organisation industrielle dans le sud du pays.
Mais cette ambition suppose une condition : que les infrastructures profitent également à l’économie locale. Autrement dit, il ne suffira pas d’accélérer l’acheminement du cuivre et du cobalt vers l’extérieur. Il faudra aussi favoriser la transformation, les investissements industriels, la création d’emplois et le développement des territoires traversés.

Sur le plan financier, Kinshasa annonce détenir 10 % des parts dans le projet et bénéficier d’une redevance de 7,5 % du chiffre d’affaires brut. La SNCC, de son côté, conservera l’exclusivité du transport des voyageurs ainsi que ses droits sur le fret. Autre garantie annoncée : à l’expiration de la concession, les infrastructures rénovées doivent revenir intégralement à l’État congolais.
Ces mécanismes cherchent à préserver les intérêts stratégiques de la RDC tout en attirant l’expertise et les capitaux privés nécessaires à la modernisation du réseau. Reste toutefois une question centrale : comment garantir que les engagements contractuels se traduiront effectivement en infrastructures opérationnelles ?
Car entre la signature d’un contrat et la mise en service d’une ligne ferroviaire moderne, les obstacles sont nombreux : financement, travaux, coordination entre les administrations, maintenance, sécurité et surtout fluidité du passage frontalier entre Dilolo et Luau.

C’est précisément sur ce terrain que Félix Tshisekedi a voulu placer la responsabilité. Pour le président congolais, la signature n’est pas une finalité, mais le début d’une obligation collective. Le message est clair : le succès du Corridor de Lobito se mesurera moins à la cérémonie de signature qu’à sa capacité à transporter davantage, plus rapidement et à moindre coût.
La RDC joue donc une partie importante de sa stratégie économique. Pour Luanda, le projet renforce le rôle du port de Lobito comme porte d’entrée atlantique vers les richesses du centre de l’Afrique. Pour Kinshasa, il offre une alternative logistique majeure et une opportunité de mieux valoriser son potentiel minier et industriel.

La rencontre Tshisekedi–Lourenço révèle enfin une dimension géopolitique. Le Corridor de Lobito rapproche davantage deux économies et peut contribuer à renforcer l’intégration entre la RDC, l’Angola et, plus largement, l’Afrique australe. Le véritable défi sera désormais de transformer cette infrastructure en outil d’intégration économique durable.
Le contrat de 1,258 milliard de dollars ouvre une porte. Mais pour que le Corridor de Lobito devienne réellement un corridor de production et de valeur ajoutée, comme le souhaite Kinshasa, il faudra encore franchir l’étape la plus difficile : faire fonctionner le corridor, attirer l’industrie et faire en sorte que les retombées économiques restent durablement en RDC.
Junior Kulele


