Face à la multiplication des contenus jugés abusifs, des campagnes coordonnées et des offensives numériques, le gouvernement congolais veut changer de méthode. Désormais, il ne s’agit plus seulement de réagir aux dérives des réseaux sociaux, mais de bâtir un dispositif permanent de veille, de prévention et de régulation de l’espace informationnel national.
À l’origine de cette nouvelle offensive : le ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya. Le porte-parole du gouvernement a plaidé pour un changement de paradigme. L’État ne veut plus intervenir uniquement après la diffusion d’un contenu problématique. Il entend désormais anticiper, surveiller, prévenir et coordonner.
Le gouvernement veut ainsi s’attaquer non seulement aux contenus eux-mêmes, mais également aux mécanismes qui favorisent leur propagation : réseaux coordonnés, campagnes commanditées, modèles économiques de la nuisance et amplification algorithmique. Une approche qui traduit une volonté de considérer l’espace numérique comme un véritable territoire stratégique, au même titre que les autres espaces de la vie nationale.
Parmi les principales pistes annoncées figure la création d’une task force interministérielle, élargie aux services spécialisés de l’État. Placée sous le pilotage du ministère de la Communication et des Médias, cette structure devrait assurer une veille permanente et contribuer à définir les mécanismes de coopération avec les grandes plateformes numériques présentes ou opérant en RDC.
Le gouvernement envisage également de renforcer le cadre de dialogue avec ces plateformes, notamment autour de leur représentation légale, de la transparence et de leurs obligations sur le territoire congolais. L’autre volet de la stratégie se veut préventif.
Une campagne nationale permanente sur le bon usage des réseaux sociaux devrait être mise en place.
L’objectif affiché est de favoriser une utilisation plus responsable des outils numériques, mais également de renforcer la capacité des citoyens à distinguer l’information fiable de la manipulation. Le gouvernement prévoit notamment un mécanisme citoyen d’alerte, présenté comme devant être strictement encadré, ainsi que l’intégration progressive de l’éducation aux médias dans les cursus scolaires.
Cette nouvelle architecture devrait également s’appuyer sur le cadre juridique existant. Promulgué en mars 2023, le Code du numérique constitue, selon le gouvernement, le socle des obligations applicables dans le secteur. Un rapport technique et juridique doit ainsi déterminer les éventuelles adaptations réglementaires et législatives nécessaires pour répondre aux nouvelles formes de nuisance numérique.
Le ministre d’État, ministre de la Justice et garde des Sceaux, a pour sa part présenté au les initiatives déjà engagées à la suite de certaines campagnes massives d’insultes. Le gouvernement veut donc éviter une réponse isolée. L’objectif affiché est de construire une chaîne cohérente allant de la veille à la prévention, de l’encadrement à la sanction lorsque les faits le justifient.
Selon le compte rendu, des procédures judiciaires sont envisagées, notamment en flagrance, contre certains auteurs de contenus considérés comme répréhensibles. La démarche doit également dépasser les frontières congolaises. Le ministère de la Justice affirme travailler sur des initiatives au niveau international afin que les réseaux sociaux ne deviennent pas des vecteurs de diffusion de discours de haine, de diffamation ou d’insultes.
La rédaction de b-onetv.cd


