164 voix pour, 6 abstentions et une seule voix contre : celle des États-Unis. À l’Assemblée générale des Nations unies, le vote du 4 septembre autour de la résolution baptisée « Correct the Map » a pris une dimension bien plus symbolique qu’une simple question de cartographie.
Porté par le Togo au nom du Groupe africain, le texte encourage l’utilisation de représentations cartographiques davantage respectueuses des superficies réelles des continents. En ligne de mire : la très répandue projection de Mercator, qui tend à exagérer visuellement les territoires situés à proximité des pôles et peut, par comparaison, donner une image réduite de l’Afrique.
Le contraste est particulièrement frappant lorsqu’on compare l’Afrique au Groenland : le continent africain est environ 14 fois plus vaste, alors que certaines cartes donnent visuellement l’impression d’une différence beaucoup moins importante. Mais derrière les cartes se joue aussi une bataille de représentation.
Pendant des décennies, les cartes utilisées dans les écoles, les médias et les outils numériques ont façonné une certaine perception des rapports de taille entre les continents. Corriger cette perception revient donc, pour les promoteurs du texte, à corriger aussi une forme de biais visuel largement banalisé.
Washington, seul pays à avoir voté contre, a défendu une position radicalement différente, estimant que l’initiative relevait d’un « projet idéologique radical » et risquait de détourner l’ONU de priorités jugées plus urgentes.
Le texte adopté ne bouleverse toutefois pas la géographie mondiale. Il n’interdit aucune projection, ne change aucune frontière et n’impose pas une nouvelle carte officielle. Il s’agit essentiellement d’une recommandation en faveur de représentations plus fidèles des superficies, notamment dans l’éducation, les médias et les outils numériques.
Reste une question : pourquoi une question apparemment technique a-t-elle suscité un vote aussi massif en faveur du texte et une opposition aussi isolée ? Parce qu’au fond, cette bataille ne porte pas uniquement sur la manière de dessiner le monde. Elle interroge aussi la manière dont le monde est regardé.
Et pour l’Afrique, souvent confrontée à des représentations jugées réductrices, remettre ses dimensions en perspective possède une portée symbolique qui dépasse largement les atlas scolaires.
La rédaction de b-onetv.cd


