À Kisangani, un haut responsable de la police est placé en détention après l’agression d’un magistrat. À Kinshasa, le procureur général près la Cour de cassation appelle les nouveaux hauts magistrats à mettre fin aux arrestations arbitraires. Deux affaires qui replacent la question du respect de la loi et des droits des citoyens au cœur du débat judiciaire.
À Kisangani, le commandant urbain de la police derrière les barreaux
La tension entre forces de l’ordre et magistrature prend une nouvelle tournure à Kisangani. Le colonel Guy Biabongo, commandant urbain de la Police nationale congolaise, a été placé sous mandat d’arrêt provisoire avant d’être transféré à la prison centrale. Cette décision intervient après l’agression du procureur Ikobia Bahati, survenue lors d’une opération de démolition. Face à la gravité des faits rapportés, le ministre de la Justice, Guillaume Ngefa, a instruit l’Auditeur militaire supérieur d’ouvrir immédiatement une enquête.
L’objectif est de reconstituer précisément les circonstances de l’incident et d’établir les responsabilités des policiers impliqués. L’enquête devra également déterminer si des responsabilités peuvent être établies au niveau de la hiérarchie. Cette affaire envoie un signal important : l’uniforme ne doit pas placer son détenteur au-dessus de la loi. Mais la procédure devra également permettre d’établir les faits de manière rigoureuse, dans le respect des droits de toutes les personnes concernées et de la présomption d’innocence.
Mvonde : pas de justice au service des règlements de comptes
Dans un autre registre, le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde, hausse également le ton. S’adressant aux nouveaux hauts magistrats, il les appelle à bannir les arrestations arbitraires et à ne pas transformer les parquets en instruments de règlement des litiges civils.
Une mise en garde qui intervient alors que la détention préventive et l’utilisation de la procédure pénale dans des conflits à caractère civil alimentent régulièrement les critiques. Pour le chef du parquet général, le pouvoir judiciaire doit rester un instrument de justice et non devenir un moyen de pression contre des citoyens engagés dans des différends qui devraient être réglés par les voies civiles appropriées.
Réseaux sociaux : sévir, mais dans le respect de la loi
Firmin Mvonde demande également aux magistrats de renforcer la lutte contre les infractions commises sur les réseaux sociaux. Un chantier devenu incontournable dans un environnement numérique où les insultes, menaces, diffamations et autres contenus potentiellement infractionnels peuvent se propager en quelques minutes.
Mais là encore, la fermeté judiciaire doit aller de pair avec le respect des droits fondamentaux. Lutter contre les abus sur Internet ne signifie pas criminaliser toute opinion critique. Aux magistrats revient donc la responsabilité de distinguer clairement la liberté d’expression des comportements effectivement constitutifs d’une infraction.
Deux affaires, un même enjeu : l’État de droit
De Kisangani à Kinshasa, ces deux actualités posent finalement la même question : comment garantir que ceux qui détiennent une parcelle de pouvoir l’exercent dans les limites fixées par la loi ? Qu’il s’agisse d’un policier, d’un magistrat ou de tout autre agent de l’État, l’autorité publique doit s’accompagner de responsabilité.
L’arrestation du commandant urbain de Kisangani montre que les forces de sécurité peuvent elles-mêmes faire l’objet de poursuites lorsqu’elles sont soupçonnées d’avoir franchi les limites de leurs prérogatives. Les instructions de Firmin Mvonde rappellent, de leur côté, que les magistrats disposent eux aussi d’un pouvoir qui doit être exercé avec rigueur, impartialité et respect des procédures.
La justice forte n’est pas celle qui arrête le plus. C’est celle qui agit dans le respect de la loi, protège les victimes, garantit les droits de la défense et établit les responsabilités sur la base des faits. C’est à cette condition que les institutions judiciaires et sécuritaires pourront renforcer la confiance des citoyens dans l’État de droit.
Junior Kulele


