Un malade peut-il traverser plusieurs provinces et deux pays avant que la maladie ne soit détectée ? C’est le scénario auquel les autorités sanitaires congolaises sont désormais confrontées. Parti du Sud-Kivu à la mi-juillet, un jeune homme de 23 ans, finalement décédé du virus Ebola dans le Sud-Ubangi, a parcouru un long itinéraire à travers la région avant que son infection ne soit confirmée.
L’histoire commence le 10 juillet à Kamanyola, dans le Sud-Kivu. Le jeune homme quitte cette partie de l’est de la République démocratique du Congo avec sa belle-sœur et l’enfant de celle-ci. Son périple le conduit d’abord au Rwanda, puis en Ouganda, avant son retour sur le territoire congolais par l’Ituri. De nouveau en RDC, son itinéraire se poursuit. Il passe notamment par Bunia, puis Kisangani, avant de rejoindre Lisala.
C’est au cours de la dernière partie de son voyage, alors qu’il se trouve à bord d’un bateau en provenance de cette ville, que les premiers symptômes apparaissent, selon le ministre de la Santé, Roger Kamba. Le 3 septembre, le voyageur arrive dans le Sud-Ubangi. Deux jours plus tard, il meurt dans un centre de santé. Face à la suspicion d’une infection, un échantillon est transmis à l’Institut national de recherche biomédicale à Kinshasa. Les analyses viennent confirmer le diagnostic : il s’agit bien du virus Ebola.
La confirmation du cas a immédiatement placé les autorités provinciales en état d’alerte. Mais le gouvernement national veut éviter toute confusion sur l’origine de l’infection. Pour Roger Kamba, il ne s’agit pas d’une contamination contractée dans le Sud-Ubangi. Le patient y serait arrivé déjà malade, ce qui conduit les autorités à qualifier le cas d’« importé ». Cette distinction est importante dans le dispositif de riposte.
À ce stade, aucun cas de transmission locale n’a été identifié dans cette province, selon le ministre de la Santé. Mais le véritable défi commence désormais : retracer le parcours du malade et identifier toutes les personnes susceptibles d’avoir été exposées au virus. Son passage dans plusieurs villes, son déplacement entre différents pays et surtout son voyage en bateau constituent autant de points de contact potentiels.
Les autorités indiquent toutefois avoir déjà retrouvé une grande partie des personnes considérées comme contacts, notamment celles qui l’ont pris en charge ainsi que les voyageurs présents à bord du bateau. Face à cette situation, Kinshasa a renforcé le dispositif dans le Sud-Ubangi. Une équipe a été dépêchée par avion avec des médicaments et plus de 300 doses de vaccin.
La mission est triple : surveiller les contacts, prendre en charge les éventuels cas suspects et organiser la vaccination autour du cas confirmé. L’objectif est désormais de couper rapidement toute possibilité de transmission secondaire. Car si le malade est décédé, son itinéraire a laissé derrière lui une succession de lieux, de moyens de transport et de contacts qu’il faut documenter avec précision. Ce cas rappelle surtout une réalité de cette épidémie : Ebola ne se limite pas aux zones où les premiers foyers sont apparus.
La mobilité des populations peut rapidement déplacer le risque d’une province à une autre, voire au-delà des frontières. Le parcours de ce jeune homme, du Sud-Kivu au Sud-Ubangi en passant par le Rwanda, l’Ouganda et plusieurs villes congolaises, illustre la difficulté de contrôler une maladie hautement contagieuse dans un pays où les déplacements sont nombreux et où les moyens de transport relient quotidiennement des territoires très éloignés.
La réponse sanitaire ne repose donc plus seulement sur la prise en charge des malades. Elle dépend aussi de la capacité à retracer les itinéraires, retrouver les contacts, surveiller les personnes exposées et vacciner rapidement autour des cas confirmés. Pour l’heure, les autorités veulent croire que cette chaîne de surveillance permettra d’éviter une nouvelle transmission dans le Sud-Ubangi.
Le décès de ce jeune homme constitue cependant un nouveau signal : même lorsque la courbe épidémique commence à fléchir, le virus peut encore voyager avec les hommes.
La rédaction de b-onetv.cd


