À New York, la RDC n’est pas venue seulement parler de la RDC. Elle est venue parler de la place de l’Afrique dans le monde, de la sécurité qui se joue encore sur son territoire et des richesses dont dépend désormais une partie de l’économie mondiale. Trois sujets différents, mais une même ambition : ne plus subir les règles du système international, mais participer davantage à leur définition.
À la tribune de la 81ᵉ Assemblée générale des Nations unies, Judith Suminwa a ainsi placé la question de la réforme du Conseil de sécurité au cœur du message congolais. La revendication est connue, mais Kinshasa l’a réaffirmée avec force : deux sièges permanents pour l’Afrique, avec toutes les prérogatives attachées au statut de membre permanent, y compris le veto s’il devait être maintenu, ainsi que davantage de sièges non permanents.
Cette position correspond à la revendication commune africaine portée notamment par le Consensus d’Ezulwini et la Déclaration de Syrte. Le paradoxe est désormais difficile à ignorer : l’Afrique compte parmi les régions les plus présentes dans les débats du Conseil sur la paix et la sécurité, mais aucun État africain ne figure parmi les cinq membres permanents. Le Conseil compte actuellement quinze membres, dont cinq permanents et dix élus pour des mandats de deux ans ; la RDC fait partie des membres non permanents pour 2026-2027.
La réforme réclamée par Kinshasa dépasse donc la seule question du nombre de sièges. Elle touche à la légitimité même d’une architecture internationale conçue en 1945 et confrontée aujourd’hui à un monde profondément transformé. Le président de l’Assemblée générale a lui-même placé la sous-représentation de l’Afrique parmi les enjeux prioritaires de la réforme, tandis que le débat intergouvernemental se poursuit sur les modalités d’un Conseil plus représentatif.
Mais pour la RDC, la question de la représentation n’est pas dissociable de celle de la sécurité. Kinshasa veut désormais faire valoir que le dossier congolais ne peut être éternellement traité comme une crise périphérique alors que ses conséquences touchent directement les équilibres régionaux et internationaux. Sur la question des FDLR, Judith Suminwa a rappelé les engagements pris par Kinshasa en matière de désarmement, démobilisation et cantonnement, ainsi que le rapatriement annoncé de personnes associées à ce mouvement.
Le message politique est clair : pour Kinshasa, la neutralisation des FDLR doit désormais être appréciée à l’aune de ses résultats concrets et ne devrait plus, selon cette lecture, servir de justification au maintien de forces étrangères sur le territoire congolais. C’est ici que la diplomatie congolaise rencontre l’un de ses principaux défis : transformer les engagements signés en mécanismes vérifiables.
Calendrier précis, contrôle indépendant, partage d’informations et conséquences en cas de violation sont précisément les éléments qui peuvent permettre de passer des déclarations politiques à une véritable architecture de confiance. Car les accords de paix ne valent pas uniquement par les signatures apposées au bas des documents. Ils valent par leur capacité à modifier la réalité sur le terrain. Et cette même logique se retrouve dans le troisième volet du discours de Kinshasa : les minerais.
Le cobalt et le cuivre ne sont plus seulement des produits d’exportation. Ils sont devenus des instruments de puissance. Transition énergétique, véhicules électriques, batteries, infrastructures numériques et intelligence artificielle renforcent l’importance stratégique des minerais critiques. Le Conseil de sécurité lui-même a récemment examiné le lien entre ces ressources, les conflits et la sécurité internationale, en soulignant notamment les risques liés à leur exploitation illicite dans les zones affectées par les conflits.
La RDC veut donc changer de position dans cette chaîne de valeur. Ne plus être uniquement le territoire où l’on extrait, mais davantage celui où l’on transforme, où l’on forme, où l’on développe les compétences et où l’on crée de la valeur. C’est probablement l’un des points les plus importants du message porté à New York : la souveraineté congolaise ne se mesure pas seulement au contrôle de son territoire ; elle se mesure aussi à la capacité du pays à tirer davantage de valeur de ses propres ressources.
Cette ambition reste toutefois confrontée à une réalité : transformer localement les minerais suppose des infrastructures, de l’énergie, des capitaux, des compétences, une gouvernance solide et un environnement suffisamment sécurisé pour attirer et retenir les investissements. Ainsi se dessine le véritable fil rouge du discours de Judith Suminwa : une RDC qui demande davantage de représentation, davantage de sécurité et davantage de valeur ajoutée.
À travers la réforme du Conseil de sécurité, Kinshasa réclame une place plus importante pour l’Afrique dans la décision mondiale. À travers les dossiers sécuritaires, il cherche à faire respecter les engagements pris autour de la paix dans la région des Grands Lacs. Et à travers les minerais stratégiques, il entend négocier une relation économique moins fondée sur l’extraction que sur la transformation.
À New York, la RDC tente de les inscrire dans une même équation : être davantage présente à la table où se décident les règles, mieux protégée sur son territoire et mieux rémunérée pour les ressources qui alimentent la transformation du monde. Reste désormais le plus difficile : convertir cette ambition diplomatique en résultats mesurables.
Junior Kulele


