Une surpopulation devenue incontrôlable
Le constat est accablant à la prison centrale de Makala. Prévu pour accueillir 1 500 personnes, cet établissement pénitentiaire héberge aujourd’hui plus de 16 000 détenus, soit une population carcérale dépassant de plus de dix fois sa capacité initiale.

Accompagné du procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, ainsi que de plusieurs autorités judiciaires civiles et militaires, Guillaume Ngefa a parcouru différents pavillons, notamment ceux réservés aux femmes, aux enfants en conflit avec la loi et aux détenus malades.
La délégation a pu mesurer l’ampleur des difficultés : promiscuité, infrastructures dégradées et accès insuffisant aux soins. Selon le directeur de la prison, André Kanza wa Kanza, l’établissement compte 16 238 détenus, dont 299 femmes et 229 enfants en conflit avec la loi.
Plus de 11 000 personnes sont en détention préventive, une situation qui soulève de sérieuses préoccupations quant aux délais de traitement des dossiers judiciaires. « La surpopulation est exponentielle. Nous prendrons des mesures dès demain », a déclaré le ministre d’État, précisant que cette visite visait également à écouter les responsables pénitentiaires et les détenus sur les difficultés rencontrées au quotidien.

Face à l’urgence, le gouvernement entend notamment accélérer l’examen des dossiers susceptibles de déboucher sur des mises en liberté, y compris conditionnelles, dans le strict respect des dispositions légales. Au cours de la visite, plusieurs détenus ont affirmé être incarcérés pour des infractions mineures et d’autres ont sollicité des mesures de clémence en raison de leurs conditions de détention. « Nous sommes fatigués, nous souffrons. Il n’y a pas où dormir. Accordez-nous des mesures de grâce », ont-ils lancé à l’attention de la délégation.
Le procureur général près la Cour de cassation, Firmin Mvonde Mambu, a pour sa part procédé à quelques libérations symboliques parmi les 108 détenus identifiés en vue d’une remise en liberté, après examen de leurs situations individuelles. Il a exhorté les bénéficiaires à ne pas récidiver. Ces décisions interviennent après les libérations conditionnelles accordées la semaine précédente par Guillaume Ngefa à 66 détenus remplissant les conditions légales requises.
« La souffrance y est, nous compatissons, mais nous devons aussi faire notre travail », a déclaré Firmin Mvonde, soulignant la nécessité de concilier les impératifs humanitaires avec le respect des procédures judiciaires. La visite a également mis en lumière la vulnérabilité de certaines catégories de détenus. Dans le pavillon des femmes, plusieurs prisonnières ont indiqué partager un même lit à huit, illustrant l’ampleur de la promiscuité.
Le ministre d’État a par ailleurs rencontré des mères détenues avec leurs enfants en bas âge. Pour ces derniers, il a insisté sur la nécessité de garantir une prise en charge adaptée, conformément aux principes de protection de l’enfance. « L’intérêt supérieur de l’enfant doit être privilégié, conformément à la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant », a-t-il rappelé, plaidant notamment pour un meilleur encadrement et l’accès à l’éducation.

La situation des personnes souffrant de troubles mentaux, maintenues en milieu carcéral malgré leurs besoins spécifiques en matière de soins, a également retenu l’attention du ministre. Pour Guillaume Ngefa, le désengorgement de Makala ne saurait se limiter à des libérations ponctuelles. L’amélioration des conditions sanitaires, la protection des détenus les plus vulnérables et le respect de la dignité humaine constituent également des priorités.
Le ministre a annoncé des recommandations destinées à répondre à ces urgences et s’est engagé à revenir à Makala avant la fin de l’année afin d’évaluer les progrès accomplis. « Nous voulons que nos compatriotes privés de liberté vivent dans des conditions acceptables et puissent, à leur sortie, réintégrer la société », a-t-il souligné.
L’ampleur de la surpopulation carcérale à Makala met toutefois en évidence un défi plus profond pour le système judiciaire congolais : réduire les détentions préventives prolongées, accélérer le traitement des dossiers et garantir que l’incarcération demeure conforme à la loi. L’efficacité des mesures annoncées dépendra désormais de leur mise en œuvre concrète et de leur capacité à produire des résultats durables.
La rédaction de b-onetv.cd


