Après la condamnation du gouvernement et la suspension prononcée par le CSAC, le parti présidentiel désavoue officiellement son combattant. Une enquête judiciaire est également engagée à la suite des propos qui lui sont attribués sur la distribution d’armes et les menaces contre des ressortissants occidentaux.
Ce qui avait commencé par des déclarations controversées se transforme en une séquence de désaveux politiques et de procédures institutionnelles. Désormais, le gouvernement, le parti présidentiel et les autorités judiciaires affichent leur opposition aux appels à la violence attribués à ce cadre de l’UDPS.
Dernière réaction en date : celle d’Augustin Kabuya Tshilumba. Le président intérimaire de l’Union pour la démocratie et le progrès social désavoue sans ambiguïté les déclarations et initiatives de Fils Mukoko, affirmant que le parti n’y est nullement associé. Selon lui, aucune autorisation ni instruction des instances compétentes n’a été donnée pour de telles actions.
Le responsable politique condamne « sans équivoque » toute initiative visant à distribuer des armes à la population en dehors du cadre légal. Il rappelle que la non-violence constitue, depuis la création de l’UDPS en 1982, l’un des fondements historiques de son combat politique. Dans la foulée, Augustin Kabuya appelle les cadres, les combattants et les sympathisants du parti à faire preuve de discipline et de retenue, tout en respectant les lois de la République, notamment celles relatives à la protection des missions diplomatiques.
Ce désaveu intervient après la condamnation ferme du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, qui avait qualifié les propos attribués à Fils Mukoko d’« horreur absolue », en insistant sur leur caractère étranger à la position officielle des institutions congolaises. Sur le terrain judiciaire, le ministre d’État chargé de la Justice, Guillaume Ngefa Atondoko Andali, a instruit le procureur général près la Cour de cassation d’ouvrir une enquête sur ces déclarations.
Les faits évoqués concernent notamment des appels présumés à distribuer des armes dans des lieux publics, tels que les terrains de football, les églises et les universités, ainsi que des menaces visant des ressortissants occidentaux présents en République démocratique du Congo. Le ministre rappelle que la liberté d’expression est garantie par la Constitution, tout en soulignant qu’elle ne saurait justifier des actes susceptibles de menacer ou de mettre en danger la vie d’autrui.
L’enquête devra permettre d’établir les faits et les responsabilités éventuelles, dans le respect des procédures légales. Les conséquences de cette affaire s’étendent aux fonctions administratives de Fils Mukoko. Le directeur général intérimaire de la Régie des archives du savoir et de l’information nationale (RASKIN) a été suspendu de ses fonctions pour manquement grave aux obligations professionnelles, selon les informations communiquées à ce sujet.
Cette mesure s’ajoute à la suspension de 88 jours prononcée par le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication (CSAC), qui l’a également convoqué pour une audition.
En quelques heures, le dossier a ainsi franchi plusieurs paliers : condamnation politique, sanction administrative, intervention du régulateur des médias et ouverture d’une enquête judiciaire.
Au-delà du cas individuel de Fils Mukoko, cette affaire pose une question fondamentale : jusqu’où peut aller la liberté de parole lorsqu’elle touche à la sécurité des personnes et aux relations diplomatiques du pays ? Pour les autorités congolaises, la ligne affichée est claire : aucun engagement politique ne saurait justifier l’incitation à la violence. Reste désormais à la justice de faire la lumière sur les faits dénoncés et de déterminer les suites légales à leur réserver.
La rédaction de b-onetv.cd


