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Prison de Makala : l’urgence d’une justice qui libère aussi de l’indignité

9 secondes ago
in Société
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Prison de Makala : l’urgence d’une justice qui libère aussi de l’indignité
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16 000 détenus pour une capacité initiale de 2 500 places. À la prison centrale de Makala, la surpopulation carcérale dépasse les limites du supportable. Face à cette urgence, le ministre d’État à la Justice, Guillaume Ngefa, annonce des mesures de désengorgement. Mais derrière les chiffres, c’est toute la chaîne judiciaire congolaise qui se retrouve mise en cause.

« Les détenus sont même dans les couloirs. » Le constat dressé par Guillaume Ngefa, jeudi 22 octobre, lors d’un briefing de presse aux côtés du ministre de la Communication et des Médias, Patrick Muyaya, résume à lui seul la gravité de la situation à Makala. Conçue pour accueillir 2 500 prisonniers, cette maison carcérale en héberge aujourd’hui environ 16 000. Une promiscuité qui exerce une pression extrême sur l’alimentation, l’hygiène, les soins et la logistique.

Mais Makala n’est que le symptôme le plus visible d’une crise nationale. Selon les chiffres communiqués par le ministre, les prisons congolaises comptent 52 095 détenus, dont seulement 5 683 condamnés. Cette proportion met en lumière un problème majeur : la détention provisoire et la lenteur des procédures contribuent à maintenir derrière les barreaux de nombreuses personnes dont les dossiers n’ont pas encore été définitivement jugés.

Le manque de magistrats, les retards dans le traitement des dossiers et les difficultés d’accès au juge aggravent l’engorgement des établissements pénitentiaires. À cette impasse judiciaire s’ajoute une situation sanitaire préoccupante, avec des cas de tuberculose, de Mpox, de choléra, de VIH et de troubles mentaux signalés parmi les détenus.

Le gouvernement annonce donc une restriction de l’accueil de nouveaux prévenus à Makala, ainsi qu’un examen individuel des dossiers. Des mises en liberté provisoire pourraient être envisagées, notamment pour certains détenus malades ou poursuivis pour des faits de faible gravité, dans le respect des procédures légales et sous l’autorité judiciaire compétente. L’intention est nécessaire, mais le défi sera celui de l’exécution.

Une mesure de désengorgement ne peut se limiter à une annonce : elle exige un examen rapide et rigoureux des dossiers, des évaluations médicales et des garanties pour éviter que la surpopulation ne se reconstitue quelques semaines plus tard. Guillaume Ngefa appelle également à changer de regard sur la prison, qui doit être un lieu de rééducation plutôt qu’un simple espace de punition. Il évoque une collaboration avec le Service national afin de développer les compétences professionnelles des détenus et de faciliter leur réintégration sociale.

Cette orientation suppose toutefois des moyens, un encadrement et une véritable politique pénitentiaire. La modernisation des prisons, le renforcement des effectifs judiciaires et le recours aux peines alternatives pour les infractions de faible gravité doivent accompagner les mesures d’urgence. Car une société se juge aussi à la manière dont elle traite ceux qu’elle prive de liberté. La prison ne saurait devenir une peine supplémentaire faite de faim, de maladie et de promiscuité, avant même qu’un tribunal ait établi la culpabilité.

À Makala, le désengorgement est une urgence. À l’échelle nationale, la réforme de la justice est une nécessité. L’enjeu n’est pas seulement de libérer de l’espace derrière les barreaux, mais de rendre à la détention sa finalité légale : protéger la société, respecter la dignité humaine et préparer, lorsque cela est possible, le retour à la vie sociale.

La rédaction de b-onetv.cd

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