Peut-on prétendre rechercher la paix tout en écartant d’emblée certains protagonistes du conflit ? À Assise, le cardinal Fridolin Ambongo remet au centre du débat la question des exclusions dans le processus de dialogue national en République démocratique du Congo.
La paix ne se décrète pas à coups de lignes rouges. Elle se construit aussi autour d’une table, là où les adversaires acceptent de confronter leurs positions plutôt que de prolonger leurs affrontements. C’est le message porté par le cardinal Fridolin Ambongo, qui met en garde contre les limites d’un dialogue dont certaines parties seraient exclues avant même l’ouverture des discussions.
« Un dialogue qui exclut ceux avec qui l’on est en guerre n’est pas un dialogue : c’est un monologue », a-t-il déclaré à Assise. Une formule forte qui relance le débat sur les conditions d’un dialogue national véritablement inclusif, alors que la RDC demeure confrontée à une crise sécuritaire persistante dans sa partie orientale.
La paix au-delà de l’option militaire
Pour l’archevêque métropolitain de Kinshasa, la recherche d’une issue durable ne peut reposer exclusivement sur la réponse militaire. Si la défense du territoire et la protection des populations demeurent essentielles, elles ne suffisent pas, à elles seules, à garantir une paix durable.
L’enjeu est donc de créer les conditions d’une discussion politique capable d’aborder les causes profondes du conflit, sans renoncer aux exigences de souveraineté, de justice et de responsabilité. Cette approche pose une question délicate aux dirigeants congolais : comment parvenir à un règlement négocié si certains acteurs sont écartés avant même que les contours du dialogue ne soient définis ?
Entre lignes rouges et nécessité de négocier
L’appel du cardinal intervient dans un contexte où les modalités du dialogue national divisent la classe politique. Les exigences de souveraineté et le refus de légitimer la violence armée se heurtent à une autre nécessité : trouver une voie de sortie à une crise qui continue de fragiliser le pays.
L’inclusivité ne signifie toutefois pas l’absence de règles ni l’effacement des responsabilités. Elle suppose de déterminer un cadre accepté, des garanties pour les participants et des objectifs précis, sans transformer le dialogue en instrument de légitimation des armes. Toute la difficulté réside dans cet équilibre : ouvrir une porte à la négociation sans sacrifier les principes constitutionnels ni les aspirations des populations victimes des conflits.
Le défi d’une volonté politique réelle
En appelant à rouvrir la voie du dialogue sans exclusions, Fridolin Ambongo renvoie les acteurs congolais à leurs responsabilités. Car une initiative politique ne vaut que par la capacité de ses protagonistes à dépasser leurs méfiances et à accepter des compromis.
Reste à savoir si les dirigeants du pays et les différentes parties impliquées dans la crise sont prêts à franchir ce pas. Car lorsque les armes parlent encore, la paix exige davantage que des déclarations : elle demande le courage de négocier, la volonté d’écouter et la détermination de construire un avenir commun.


