Derrière les violences qui endeuillent l’Est de la République démocratique du Congo se cache aussi une économie clandestine. Selon une enquête de The Sentry publiée le 27 octobre, le trafic d’or serait devenu la principale source de financement des ADF, avec des circuits d’approvisionnement qui conduiraient jusqu’en Ouganda.
Des révélations qui relancent les interrogations sur l’efficacité de l’opération militaire conjointe Shujaa. D’après cette enquête, les Forces démocratiques alliées (ADF), affiliées à l’État islamique, auraient progressivement réduit leur dépendance aux financements extérieurs pour développer leurs propres ressources.
Dans la région de Manguredjipa, au Nord-Kivu, les revenus tirés des sites aurifères qu’elles contrôlent sont estimés entre 1 et 1,6 million de dollars par an. L’or ne serait toutefois pas leur unique source de revenus. Le groupe armé tirerait également profit du cacao, des enlèvements et du racket. Cette diversification lui permettrait de maintenir ses capacités opérationnelles malgré la pression militaire et les sanctions.
L’enquête met en cause les circuits commerciaux par lesquels l’or extrait dans les zones de conflit serait acheminé vers des réseaux de négoce, de raffinage et d’exportation en Ouganda, puis vers d’autres marchés internationaux. Elle appelle à des investigations approfondies pour identifier les négociants, intermédiaires et facilitateurs susceptibles de contribuer à la commercialisation de cet or.
Ces révélations interpellent d’autant plus que l’armée ougandaise est déployée en RDC depuis 2021 dans le cadre de l’opération Shujaa, menée conjointement avec les FARDC pour combattre les ADF. Selon The Sentry, cette campagne aurait repoussé les combattants vers des zones plus reculées, riches en or et en cacao, sans parvenir à démanteler durablement leurs réseaux.
L’organisation recommande ainsi à Kampala de respecter strictement les accords conclus avec Kinshasa et de ne pas étendre unilatéralement le périmètre géographique de l’opération. Toute modification du mandat devrait faire l’objet d’un accord conjoint et être publiquement clarifiée.
Depuis plusieurs années, les ADF multiplient les attaques contre les civils dans l’Est congolais. La persistance de leurs activités, malgré les opérations militaires et l’état de siège instauré au Nord-Kivu et en Ituri, alimente les critiques d’élus locaux et d’acteurs de la société civile sur les résultats obtenus. Pour The Sentry, la réponse ne peut donc se limiter au front militaire.
L’organisation préconise de s’attaquer aux circuits financiers et commerciaux qui permettent au groupe de tirer profit des ressources naturelles, tout en renforçant les stratégies civiles destinées à réduire son ancrage local et ses capacités de recrutement. Elle invite également Kinshasa à maintenir la lutte contre les ADF parmi ses priorités sécuritaires, parallèlement à celle contre le M23.
Le défi est désormais aussi économique que militaire : tant que l’or issu des zones contrôlées par les ADF pourra alimenter des circuits commerciaux, le groupe disposera d’une source de financement susceptible de prolonger la violence. Les conclusions de The Sentry appellent à des vérifications et à des enquêtes judiciaires permettant d’établir les responsabilités individuelles et de démanteler les réseaux impliqués.
La rédaction de b-onetv.cd


