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Diplomatie : Agoa, Washington durcit le ton face à Kigali

3 minutes ago
in Diplomatie
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Diplomatie : Agoa, Washington durcit le ton face à Kigali
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La pression américaine sur Kigali change de dimension. Après les avertissements diplomatiques et les sanctions visant des responsables militaires rwandais, Washington brandit désormais une autre arme : le commerce. Le Rwanda figure parmi les pays dont les États-Unis envisagent de suspendre les avantages commerciaux accordés dans le cadre de l’AGOA à compter du 1er janvier 2027. Une décision qui intervient dans un contexte de fortes tensions avec la République démocratique du Congo et de mise en œuvre laborieuse de l’accord de paix de Washington.

Annoncée le 2 novembre 2026 par le représentant américain au commerce, Jamieson Greer, cette mesure concerne également l’Afrique du Sud. Pour justifier cette décision, l’administration Trump évoque, concernant le Rwanda, des préoccupations liées aux droits humains, au pluralisme politique, à l’État de droit, aux droits des travailleurs, aux obstacles au commerce et aux intérêts américains de sécurité et de politique étrangère.

Mais derrière cette annonce commerciale se dessine également une séquence diplomatique qui mérite une attention particulière. Kigali est de nouveau sous pression américaine sur fond de conflit dans l’Est de la RDC. Le 29 octobre dernier, Washington a annoncé des sanctions contre le ministère rwandais de la Défense, l’accusant de soutenir militairement le mouvement rebelle M23. Des accusations que le Rwanda conteste. Quelques jours plus tard, la menace de retrait de l’AGOA vient ajouter une dimension économique à ce bras de fer.

Cette offensive intervient surtout alors que les États-Unis cherchent à faire respecter l’accord de paix signé le 27 juin 2025 entre Kinshasa et Kigali, sous la médiation de l’administration américaine. Cet engagement prévoit notamment le respect de l’intégrité territoriale de la RDC, le retrait des forces rwandaises du territoire congolais ainsi que la neutralisation des groupes armés, dont le M23.

Or, sur le terrain, les résultats attendus tardent à se matérialiser. La persistance des affrontements, le maintien de la présence des forces rwandaises dénoncée par Kinshasa et la poursuite des activités du M23 fragilisent les perspectives de paix. Les mécanismes de suivi internationaux ont eux-mêmes exprimé leurs préoccupations devant la dégradation de la situation sécuritaire et humanitaire dans l’Est congolais.

Dans ce contexte, Washington semble vouloir passer des engagements diplomatiques aux mesures de contrainte. L’objectif est de rendre plus coûteux, sur les plans politique, militaire et économique, le non-respect des engagements souscrits. La succession des sanctions militaires et de la menace commerciale envoie ainsi un signal à Kigali : le partenariat avec les États-Unis n’est pas dissocié du comportement du Rwanda dans la région des Grands Lacs.

Pour la RDC, cette évolution constitue un signal diplomatique favorable. Depuis le début de la crise sécuritaire dans l’Est, Kinshasa dénonce le soutien rwandais au M23 et réclame des sanctions internationales contre Kigali. La décision américaine renforce la pression sur le gouvernement de Paul Kagame et donne davantage de poids aux exigences congolaises concernant le retrait des troupes étrangères et le respect de la souveraineté nationale.

Toutefois, il serait prématuré d’y voir une victoire définitive de la diplomatie congolaise. Le communiqué américain sur l’AGOA ne désigne pas explicitement le conflit congolais comme motif unique du retrait. Il s’appuie sur plusieurs critères d’éligibilité au programme. De même, une sanction commerciale ne garantit pas automatiquement un changement de comportement sur le terrain.

L’enjeu est donc de savoir si cette pression supplémentaire permettra d’obtenir des avancées concrètes dans l’application de l’accord de Washington, notamment le retrait effectif des forces rwandaises, la fin du soutien aux groupes armés et la restauration de l’autorité de l’État congolais dans les territoires affectés par le conflit. Au-delà du face-à-face entre Kinshasa et Kigali, cette affaire met également à l’épreuve la crédibilité de la médiation américaine.

En parrainant un accord de paix tout en développant un partenariat stratégique avec la RDC autour des minerais critiques, les États-Unis poursuivent des intérêts diplomatiques et économiques dans la région. L’AGOA, qui offre un accès préférentiel au marché américain à des milliers de produits africains, devient ainsi un instrument supplémentaire de leur politique étrangère. Pour le Rwanda, son exclusion annoncée représente un avertissement économique, même si son ampleur dépendra des secteurs concernés et de sa capacité à trouver d’autres débouchés commerciaux.

Une question demeure : Washington ira-t-il jusqu’au bout de ses menaces si les engagements de paix restent lettre morte ? Pour les populations de l’Est congolais, épuisées par des années de guerre, la véritable mesure de cette fermeté américaine ne sera pas le nombre de sanctions annoncées, mais le retour effectif de la paix sur le territoire national.

La rédaction de b-onetv.cd

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